Lettres à ceux que j’aime

Textes inédits

L’ère du Coronavirus

 

Lettres à ceux que j’aime…

 

En cette période troublée,

Dites à ceux que vous aimez que vous les aimez.

Offrez-leur vos émotions et votre amour.

C’est écologique, durable et gratuit!

© Catherine Gaillard-Sarron mai 2020

 

Chamblon le 14 mai 2020

Pierrot

Il était fort, il était tendre,
Il avait du ciel plein les yeux
Et du soleil au fond du cœur
 
Il parlait fort, il parlait bien,
Il avait des mots plein la tête
Et des sourires au coin des lèvres
 
Il avait tant de choses à dire
Il avait tant de choses à lire
Il était la petite musique
Qui faisait tourner tous nos cœurs

Fête des Mères du 26 mai 1968 : remise de la Médaille d'Or de la Famille Française

Fête des Mères du 26 mai 1968 : remise de la Médaille d’Or de la Famille Française

Je ne sais pas trop pourquoi je me suis mise à t’écrire cette lettre.  La situation due au Covid 19, probablement, qui me rappelle que la mort ne se tient jamais très loin et me met en lien avec tous ceux que j’ai aimés et perdus.

Aussi parce que je vieillis, je suppose, et qu’il faut savoir se souvenir d’où l’on vient pour avancer, même si avancer, en l’occurrence, c’est aller vers quelque chose d’inconnu…

l’amour est immortel. Il est une lumière qui éclaire les ténèbres de l’oubli.

Mon cher papa,

Papa, un mot que je ne prononce plus depuis que tu nous as quittés. Quinze ans déjà. Et onze depuis que maman t’a rejoint. Maman, un autre mot que je ne prononce plus que dans le secret de mon cœur et qui me manque aussi. Ton souvenir, même s’il est empreint d’une mélancolie qui s’accentue avec le temps, est pourtant toujours vivace dans mon esprit.

Magie de la mémoire qui te fait instantanément apparaître lorsque je pense à toi. Je te vois, je te sens, égal à toi-même, allongé sur le canapé un livre à la main, le fourneau ronflant dans un coin, Blaky à tes pieds, le coucou égrenant ses heures calmes dans la salle à manger ; ou devant la maison, ta casquette de marin vissée sur la tête, un cigarillo aux lèvres. Et je t’entends. Comment ne pas t’entendre ! Tu avais tant de choses à dire, tant de curiosité et d’intérêt pour le monde qui t’entourait. Je me demande ce que tu penserais de ce Covid19 et du confinement qui va avec. Au fond, je sais que tu ne serais pas inquiet et que le confinement ne t’affecterait pas trop. Tu vivais déjà un peu hors du monde depuis ton accident et ta retraite. Un monde qui se limitait à la maison que tu avais construite de tes mains, au jardin, à la télé et à tes livres.

Tes plus beaux voyages, tu les as faits dans ta tête, au travers des livres, et si ton univers semblait limité, ton ouverture d’esprit était sans limites.

S’il y a bien une chose qui te définit, ce sont les livres. J’ai toujours admiré ton incroyable capacité de lecture, ton intérêt qui jamais ne décrut. Tu aimais lire, découvrir de nouvelles choses. Tu lisais de tout. Il y avait constamment un livre ouvert à côté de toi. Tu ne t’ennuyais jamais, préférant la lecture d’un bon bouquin à une sortie ou une invitation. Tes plus beaux voyages, tu les as faits dans ta tête, au travers des livres, et si ton univers semblait limité, ton ouverture d’esprit était sans limites.

Lecteur infatigable, passionné par les sciences, la politique, la géographie et l’histoire, tu étais sur tous les fronts et dans tous les esprits, ne cessant de partager le contenu de tes lectures avec nous, nous interpellant, nous abreuvant d’un savoir et de connaissances qui ne nous intéressaient que modérément et dont nous ne savions que faire. Mais tu ne nous en tenais pas grief. Tu reprenais ta lecture et la scène se répétait. Tu étais patient, calme et philosophe. Malgré notre agacement, tu poursuivais notre éducation, ou la tienne, parce qu’on ne va pas contre sa nature et que la tienne était d’une curiosité insatiable.

Je te ressemble, je crois. J’ai hérité de ton coup de crayon et de ta fibre poétique, de ton indépendance d’esprit également ainsi que de ton goût immodéré pour la lecture. Moi aussi, j’aime lire, voyager par l’esprit, discuter et échanger avec mes semblables, mais je suis plus attentive et probablement plus sensible que tu ne l’étais aux regards exaspérés et aux sourires crispés de ceux qui m’entourent. Faute d’intérêt, je suis souvent obligée de battre en retraite et de garder pour moi ce que j’apprécierais de partager, ce qui explique peut-être ma passion pour l’écriture. Écrire c’est dire : dire ce qu’on ne peut pas dire, ou dire ce qu’on ne nous laisse pas le temps de dire. C’est une longue conversation ininterrompue entre soi et la page qui représente et remplace, finalement, tous ceux qui ne nous accordent pas l’attention que l’on souhaiterait.

Peut-être nous retrouverons-nous un jour. Dans le monde des Quanta avec Mimi, Gogo et tous les autres. Parce qu’au fond nul ne sait ce qu’est le temps, ni de quoi est vraiment constituée la matière. La vraie exploration commence peut-être avec la mort. Et la fin de la vie n’est peut-être que le début d’un voyage.

Tu es parti avant que mon premier livre ne soit publié, mon trentième ouvrage paraîtra en juin. Je suis curieuse de savoir ce que tu aurais pensé de mon travail. Tu te disais agnostique mais pas athée. Ta soif de comprendre a toujours laissé une place au doute. Qui sait ? Peut-être nous retrouverons-nous un jour. Dans le monde des Quanta avec Mimi, Gogo et tous les autres. Parce qu’au fond nul ne sait ce qu’est le temps, ni de quoi est vraiment constituée la matière. La vraie exploration commence peut-être avec la mort. Et la fin de la vie n’est peut-être que le début d’un voyage. Tu vois, c’est typiquement le genre de discussion qui n’intéresse personne et que je ne peux confier qu’au papier. Au fond, lorsque je t’écris, à qui est-ce que j’écris ? À ton souvenir, à un fantôme, à ma mémoire, à moi-même ? Peut-être un peu à tout cela. Comme toi, j’ai parfois le sentiment de vivre dans un monde parallèle où les passerelles pour communiquer avec les autres sont rares et étroites. L’écrit est donc un bon médium pour exprimer sa pensée et surtout la clarifier.

Je regrette de n’avoir pas pu discuter plus souvent et plus longuement avec toi. La vie passe si vite. Lorsqu’on venait te rendre visite à la maison avec Claude et les enfants, on mangeait ensemble avec maman, on parlait de tout et de rien en buvant un verre, on partageait quelques anecdotes, quelques soucis. Ce n’étaient pas des moments propices aux confidences ou aux grandes conversations philosophiques. On voyait que chacun allait bien et c’était l’essentiel, finalement. Et puis on repartait vers notre vie, nos occupations, nos préoccupations, nos joies, nos attentes et nos déboires. Et vous repreniez le cours paisible de votre existence en attendant une prochaine visite. Et la vie s’écoulait, monotone pour vous, trépidante pour nous.

C’est l’entièreté de tous ces instants insignifiants ou importants passés ensemble qui sont à la base de l’attachement et permettent la résurgence de souvenirs qui nous aident à vivre l’absence.

On ne mesure pas sur le moment l’importance de ce vécu qui semble banal et parfois ennuyeux. C’est pourtant l’entièreté de tous ces instants insignifiants ou importants passés ensemble qui sont à la base de l’attachement et permettent la résurgence de souvenirs qui nous aident à vivre l’absence. Pareils à une flamme, les souvenirs dansent devant nos yeux et nous réchauffent l’âme quand nous sommes tristes. L’amour qu’ils contiennent est une force qui nous aide à aller de l’avant. Malraux disait que le vrai tombeau des morts est le cœur des vivants, je suis d’accord avec ça, car tant que je vivrai, tu vivras dans mon cœur, et lorsque je mourrai à mon tour, tu seras également avec moi dans le cœur de ceux qui m’aimaient. Alors, oui, en ce sens, l’amour est immortel. Il est une lumière qui éclaire les ténèbres de l’oubli.

Papa. Il me manque ce petit mot chéri que je n’ai plus prononcé depuis que tu es parti. Certes, tu n’étais pas parfait. Qui l’est ? Mais tu étais mon père et je t’aimais. Avec tes qualités et tes défauts, tes forces et tes faiblesses. Avec tes blessures aussi. Quand nous avons vidé la maison, après le décès de maman, j’ai retrouvé quelques lettres d’amour que tu lui avais écrites. J’ai découvert, non un père, mais un homme amoureux que je ne connaissais pas. Un homme jeune et passionné, empli d’une verve poétique qui m’a émue. Un jeune adulte plein de vitalité et de fougue qui descendait la côte de Saint Hippolyte debout sur sa moto en chantant à tue-tête ; un artisan confirmé qui a fait le poirier sur le faîte du toit de la maison après en avoir terminé la charpente. J’ai aussi découvert une lettre de ton père, de ta sœur et une de ta mère qui te recommandait d’être un bon fils à l’écoute des conseils maternels.

Le problème c’est que la vie se déroule uniquement dans le présent et qu’on ne voit pas le temps passer. Le quotidien se répète jour après jour et ne laisse place à rien d’autre.

Tout cela m’a touchée et fait comprendre à quel point on est aveugle sur ses propres parents. On les connaît sans les connaître. Comme nos propres enfants ne connaissent qu’un aspect de leurs géniteurs. Pour savoir qui sont nos parents, il faut remonter le temps et garder à l’esprit ceux qu’ils étaient avant de nous donner la vie. Chaque être humain à une trajectoire identique, il naît, grandit, devient adulte, vieillit et meurt. Le problème c’est que la vie se déroule uniquement dans le présent et qu’on ne voit pas le temps passer. Le quotidien se répète jour après jour et ne laisse place à rien d’autre. Comme une rivière qui coule sans jamais retourner à sa source et emporte tout dans son courant. Un jour les enfants quittent la maison, ils font des enfants à leur tour, les parents vieillissent et ils meurent. Et l’histoire se répète : inconnaissable ligne du temps sur laquelle chacun apparaît, disparaît et réapparaît peut-être, nul ne sait.

Soudain orphelin, on comprend alors que quelque chose d’irréversible s’est produit : nous ne sommes plus les enfants de nos parents mais les parents de nos enfants.

La roue tourne. Même si je suis mère et grand-mère, à présent, je reste ta fille, ton enfant. Tu étais comme un toit invisible sur ma tête, un toit protecteur et rassurant qui s’est envolé sans crier gare, une nuit d’été, alors que maman était elle-même à l’hôpital. Ce fut un choc immense.

C’est étrange, on vit à côté de ses parents comme s’ils étaient immortels. On se refuse à les voir vieillir et puis un beau jour ils meurent et c’est la stupéfaction. Soudain orphelin, on comprend alors que quelque chose d’irréversible s’est produit : nous ne sommes plus les enfants de nos parents mais les parents de nos enfants. Une prise de conscience douloureuse qui nous confronte à notre propre finitude et à la perte d’un amour inestimable. Celui de nos parents. Un amour unique et indéfectible que personne d’autre au monde ne saura désormais nous prodiguer.

Le temps perdu ne se rattrape plus, dit-on, mais si j’ai des regrets, je n’ai pas de remords. J’ai compris très tôt que le temps était un comptable intransigeant et que la vie passait vite. J’ai donc réalisé avec maman et toi tout ce qui me tenait à cœur. Je vous ai aimés vivants et les souvenirs de ces événements sont autant d’étoiles qui illuminent mon cœur aujourd’hui.

Tu étais notre capitaine et lors de ces voyages, tu troquais ta casquette bleue de marin contre une blanche. Ton navire avait la forme d’un bus WW et la mer était la Nationale 7 que nous descendions en deux jours avec une halte au Pont du Gard où nous dormions à la belle étoile.

Je me souviens avec bonheur de nos vacances annuelles dans le Midi. Nous partions plus d’un mois, c’était exceptionnel à l’époque. On plantait toujours nos tentes au camping du Front de mer à Frontignan Plage. Tu étais notre capitaine et lors de ces voyages, tu troquais ta casquette bleue de marin contre une blanche. Ton navire avait la forme d’un bus WW et la mer était la Nationale 7 que nous descendions en deux jours avec une halte au Pont du Gard où nous dormions à la belle étoile. De sacrées équipées à vrai dire dont je mesure aujourd’hui l’incroyable organisation qu’elles impliquaient. Quel courage, quelle force de caractère devaient être les vôtres, avec maman, à peine âgée de trente-quatre ans à l’époque, pour affronter un mois de camping et la compagnie bruyante de dix petits mousses récalcitrants dont l’âge variait de un à quatorze ans. Franchement, merci papa pour ces expéditions épiques et ensoleillées qui restent les plus beaux souvenirs de mon enfance. Et merci maman pour l’énergie épatante que tu as déployée pour tenir, nourrir, éduquer et surveiller toute cette smala ! Et même si tu n’adhérais pas à la politique nataliste qui sous-tendait cette action, tu as amplement mérité la reconnaissance de la Nation et la médaille d’Or de la Famille Française qui t’a été décernée à l’occasion de la fête des Mères du 26 mai 1968. Évènement immortalisé dans le journal et dont je me souviens encore.

Quel courage, quelle force de caractère devaient être les vôtres, avec maman, à peine âgée de trente-quatre ans à l’époque, pour affronter un mois de camping et la compagnie bruyante de dix petits mousses récalcitrants dont l’âge variait de un à quatorze ans.

Je le sais aussi, même si nous n’en avons jamais discuté ensemble, tu as, comme moi par la suite, traversé un épisode dépressif qui t’a marqué. Mais, tout comme moi également, tu as rebondi et fait preuve d’une résilience étonnante qui t’a redonné une formidable énergie de vivre. En ce qui me concerne, je ne retiens de cette épreuve sombre et difficile que la renaissance qui a suivi et m’a permis de voir le monde sous un jour nouveau. Oui, la vie était belle et valait la peine d’être vécue. Il y avait autour de moi beaucoup de gens qui m’aimaient et que j’aimais. J’en prenais conscience. Il fallait que je le leur dise, que je le manifeste. Je n’aurais peut-être pas de deuxième chance.

C’est de cette période que date la « Sarrophonie », ce recueil de chansons que j’ai écrites sur les membres de la famille. Ce condensé de nos histoires personnelles qui, en donnant une reconnaissance à chacune d’elles, a élargi notre conscience familiale et nous a fédérés en nous ramenant à l’essentiel : toi et maman ! Nos parents, nos piliers, nos racines ! Des chansons qui ont resserré les liens, fixé les souvenirs dans la mémoire des plus jeunes et apporté de fortes et belles émotions durant de nombreuses années. En particulier la chanson « Les Sarron » dont tu étais si fier et que nous avons chantée dans toutes les grandes réunions dédiées aux « Sarron », en particulier en 1996 à Maîche et en 2003 avec un émouvant pèlerinage « Sur la Roche », lieu où se situait la ferme de tes parents. Quelle émotion, j’en ai encore des frissons.

Cette chanson est devenue notre hymne familial, notre chant de ralliement, et comme les partisans nous le chantons systématiquement à chaque rencontre en souvenir de toi, de maman et de Gogo qui nous a aussi quittés en 2019.

Tu n’es plus, ni maman ni Gogo et tant d’autres également que j’aimais et je me dis que, bientôt, j’aurai plus de relations dans l’au-delà que dans l’ici. C’est une des raisons, je suppose, qui font que les anciens vivent davantage dans le passé que dans l’avenir. Un avenir qui, pour eux, se rétrécit comme une peau de chagrin. Un retrait progressif aggravé par une société qui ne les honore pas comme elle le devrait. Une société qui les culpabilise pour leur inutilité et les frais qu’ils génèrent, qui les infantilise et les parque sans états d’âme dans des mouroirs où, en ces temps de coronavirus et de confinement, ils meurent seuls et abandonnés de tous. Je plains ces pauvres personnes dont la solitude et la souffrance ont dû être extrêmes. Et je compatis à la douleur de leurs proches qui n’auront pas pu faire leur deuil et embrasser une dernière fois leur père ou leur mère ce qui, à mes yeux, est inhumain et indigne.

Tu as été un bon père, papa, soucieux de nous transmettre ce qui te tenait à cœur. Juste et conscient de ton rôle. Je me souviens que l’on se battait pour aller à la chasse avec toi. Non pas pour te voir tuer quelques petits volatiles, mais pour être avec toi, avoir ton attention, t’écouter nous énumérer le nom des oiseaux ou des champignons ; pour ramasser des pommes sauvages et partager, ensemble, assis au bord d’une clairière, un bon casse-croûte tiré de ta gibecière pleine de noisettes. J’ai encore dans les narines l’odeur de l’humus et des feuilles mortes qui craquaient sous nos pas. Et dans l’oreille le murmure de ta voix qui m’invitait à ne pas faire de bruit pour écouter le chant de tel ou tel oiseau que tu me nommais. Des moments précieux que je n’ai pas oubliés. Tout comme je n’ai pas oublié les haltes au café des Bréseux où tu nous commandais un sirop à la menthe ou à la grenadine et que nous rentrions triomphants à la maison en exhibant une moustache verte ou rose sur le dessus de nos lèvres.

Tu as été un bon père, papa, soucieux de nous transmettre ce qui te tenait à cœur. Juste et conscient de ton rôle. Je me souviens que l’on se battait pour aller à la chasse avec toi.

Je garde de belles images de toi. Ta présence chaleureuse au bout de la grande table en chêne faite sur mesure par tes soins. Ton sourire malicieux qui éclairait ton visage sous ta sempiternelle casquette de marin. Ta tendresse pour maman – ta petite Mimi –, ta voix qui s’élevait dans la grande salle à manger pour nous chanter la petite Française lors des nombreuses fêtes de famille, chanson nostalgique ramenée de tes 24 mois de service militaire accomplis à Aumale en Algérie en 1947. Ta faconde pour parler de tes livres, ton éloquence et ton érudition, ta grande passion pour la généalogie familiale.

Aujourd’hui, même s’ils restent des sésames incontournables pour trouver un emploi, je sais que les diplômes ne signifient pas grand-chose. La formation ne fait pas tout. L’intelligence, la vraie, se cultive toute la vie, elle est faite de curiosité et d’un désir constant d’apprendre et de comprendre. Tu étais un autodidacte et tu as créé ta propre société. Je le suis aussi en ce qui concerne mes ouvrages que j’autoédite seule et sans soutien. C’est une voie ardue mais c’est une voie de liberté dont tu m’as montré le chemin et que j’apprécie.

Je t’aimais, papa, pour toutes ces choses et pour tout ce que tu représentais pour moi. Je te revois encore danser la techno en dépit de tes deux prothèses de hanche ou danser avec ta petite-fille Émilie lors de la belle fête organisée pour ses vingt ans. Je me souviens aussi que ce jour-là, c’est moi qui suis venue t’inviter à danser la valse. Une valse que tu aimais danser à l’envers. La dernière que nous avons dansée ensemble parce que tu es décédé un mois plus tard.

Ces souvenirs sont comme de petites pépites, celles qui restent dans mon tamis d’orpailleuse après le passage du temps. De petits trésors qui enrichissent mon présent et l’illuminent de leur éclat.

Je ne sais pas trop pourquoi je me suis mise à t’écrire cette lettre. La situation due au Covid 19, probablement, qui me rappelle que la mort ne se tient jamais très loin et me met en lien avec tous ceux que j’ai aimés et perdus. Aussi parce que je vieillis, je suppose, et qu’il faut savoir se souvenir d’où l’on vient pour avancer, même si avancer, en l’occurrence, c’est aller vers quelque chose d’inconnu.

Une mélancolie passagère et nostalgique qui me remue mais me fait également du bien. Il est bon de penser à toi et de me remémorer ces agréables moments que nous avons passés tous ensemble. Ces souvenirs sont comme une chaude et douce couverture sur mon cœur qui frissonne un peu en ces temps troublés. Ils me rassurent et me réconfortent. Ils sont comme de petites pépites, celles qui restent dans mon tamis d’orpailleuse après le passage du temps. De petits trésors qui enrichissent mon présent et l’illuminent de leur éclat.

Merci pour ce rayonnement qui transcende la mort et pour tout ce que tu m’as apporté.

Au revoir mon petit papa que je n’oublie pas.

Cathy, ta fille qui t’aime par-delà le temps.

 

© Catherine Gaillard-Sarron 14.5.20

Capitaine

Ton navire restait à quai,
Vaste et couvert d’un toit
Dix petits mousses il abritait.
Coiffé d’une éternelle casquette
Blanche ou bleue selon l’occasion,
D’une main ferme tu barrais.
Avec toi nous avons voyagé
De Maîche à Frontignan,
De Frontignan à Maîche,
Découvrant de ton cœur
Les plus beaux paysages.
Mais les plus grands voyages
Tu les as faits sans nous,
Dans ta tête !
Voyageant par l’esprit.
Combien de livres et de romans ?
Combien d’histoires et de récits ?
Lus et racontés avec passion,
À nous autres,
Trop souvent indifférents !
Ô capitaine de nos cœurs,
Qui jamais ne quitta le pont,
Tu vogues à présent libre sur les mers éternelles,
Découvrant pour de vrai les terres imaginées
Car pareil à l’oiseau qui vole dans le ciel
Ton esprit désormais s’est uni à l’espace.
Ô Prince des nuées aux ailes de géant,
Reviens, si tu nous entends,
Caresser de ton aile nos cœurs de naufragés
Et sécher par ton vol nos larmes de petits mousses.

© Catherine Gaillard-Sarron – L’envol 2005

 

Chamblon le 5 mai 2020

Dans quelques jours c’est la Fête des Mères, un jour où, je l’espère, les filles et les fils penseront à leur maman et auront à cœur de l’honorer en la remerciant pour tout ce qu’elle a fait ou fera encore pour eux à l’avenir. Une attention et une reconnaissance méritées pour toute mère qui accomplit journellement un travail domestique invisible et pour l’amour inconditionnel qu’elle prodigue à chacun de ses enfants tout au long de son existence.


Bonne Fête à toutes les Mamans!

Lettre publiée dans le 24 heures du 9 mai

Ma chère maman,

Moi aussi, je pense à toi, et je me souviens avec émotion de ces dimanches particuliers où chacun te fêtait avec amour. Les traditions se perdent, mais à l’époque c’était un jour important. Un jour où, même si c’était encore toi qui nous concoctais un festin de roi, tu étais la reine de nos cœurs et au centre des attentions. Un jour spécial où nous cherchions tous à te faire plaisir et à t’être agréables.

J’ai conservé quelques-unes de ces carafes où je décante mes souvenirs.

Nous avions peu d’argent pour t’acheter un présent, mais chacun rivalisait d’originalité pour te plaire et te prouver son affection. Longtemps, parce que je trouvais ça beau et parce que cela ne coûtait pas plus que les quelques sous dont je disposais, je t’ai offert des carafes. Des verres de toutes les couleurs, de toutes les formes, que tu as conservés et que j’ai retrouvés après ton décès lorsque nous avons vidé les armoires.

Ce jour-là, face à toute cette verroterie qui étincelait dans la lumière du matin et dont personne ne voulait, mes larmes se sont mises à couler. Je me suis revue au magasin, recomptant mes p’tits sous, hésitante devant ces carafes chatoyantes qui ravissaient mon regard d’enfant et me semblaient un cadeau digne de l’amour que je te portais.

En dépit des années, tu les avais toutes conservées, précieusement rangées au fond du buffet. J’en étais bouleversée. Évelyne avait ri devant mon émoi et m’avait rappelé mon obstination à t’offrir ces carafes inutiles ainsi que son étonnement devant le fait que tu ne les avais jamais jetées.

La maison a été vendue, le passé n’est plus. Mais j’ai conservé quelques-unes de ces carafes où je décante mes souvenirs. Et lorsque les rayons du soleil traversent ces verres colorés, irisant la pièce de reflets multicolores, je sais que ces carafes n’étaient pas d’inutiles cadeaux mais les symboles lumineux de mon amour pour toi, devenus à leur tour les symboles précieux de l’amour que tu avais pour moi. Des verres toujours intacts et transparents emplis d’une présence qui éclaire mon cœur et ma mémoire d’une lumière magique.

Bonne fête ma petite maman.

Cathy

 

© Catherine Gaillard-Sarron 5.5.20

 

Chamblon le 30 avril 2020

Mon plus beau joyau

Pas de plus noble paysage que ton visage,

D’océan plus profond que ton regard aimant ;

Pas de plus grand bonheur que ton sourire,

Que ta bouche, que tes mains, qui me touchent et me parlent ;

Pas de plus vaste territoire que ton corps, 

De plus fol espoir que d’être à tes côtés,

De dormir, de m’éveiller, de vieillir avec toi !

Pas de trésor plus précieux que ton amour,

De joie plus intense que ta présence !  

Tu es ma bonne fortune, ma plus grande richesse

Et le plus beau joyau, l’unique qui m’importe,

Est ce cœur amoureux qui pulse sous ta peau…

 

 

Bon anniversaire mon amour.

 

© Catherine Gaillard-Sarron 26.4.20

 

Chamblon le 11 avril 2020

Des mots et de l’amour, c’est tout ce que j’ai pour t’accueillir dans ce monde qui n’est pas très accueillant pour l’instant.

À mon petit-fils qui n’est pas encore

À toi que je ne connais pas encore et qui dois naître à la mi-juin. Toi que je me réjouis de rencontrer et que j’imagine déjà ressembler à ton papa, mon fils cadet.

Ton papa et ta maman forment un beau couple. On sent de la complicité et de la tendresse entre ces deux-là. C’est très important pour faire durer une relation. Tu sais, on dit que le plus beau cadeau que les parents puissent offrir à leur enfant, c’est d’être heureux et de s’aimer. Ainsi l’enfant n’aura jamais besoin de réparer la relation entre son père et sa mère et il pourra vivre sa vie d’enfant en toute quiétude. Et s’il se sent suffisamment aimé, il développera confiance et estime de soi et deviendra un adulte équilibré et libre. Mais l’inverse est vrai aussi et le plus beau cadeau que les enfants puissent offrir à leurs parents c’est d’être heureux.

Je voudrais que tu sois heureux ainsi que tes parents. Si j’étais une fée je te ferais don du courage et de la persévérance et je te donnerais la force de réaliser tes projets. J’ajouterais la bonté et la sagesse. Je t’offrirais aussi la capacité de t’émerveiller devant les choses simples de la vie et de la nature. Le discernement, également, la curiosité, la créativité et la passion pour tout ce que tu entreprendrais afin que tu ne t’ennuies jamais.

Et surtout, je te doterais du pouvoir d’aimer et d’être aimé en retour, la seule chose, à mon sens, qui soit vraiment essentielle et précieuse sur cette terre.

Mais je ne suis que ta grand-maman et je n’ai pas de baguette magique, tout au plus un clavier qui me permet d’écrire des histoires qui, je l’espère, donnent du courage et de l’espoir à ceux qui les lisent. Des mots, donc, mais avec l’amour, c’est tout ce que j’ai pour t’accueillir dans ce monde qui, à vrai dire, n’est pas très accueillant pour l’instant.

En effet, depuis le mois de janvier 2020 un virus, le covid-19, a fait son apparition et contaminé la planète entière en trois mois. Beaucoup de personnes sont atteintes et meurent, surtout les plus âgées et les plus fragilisées. À cause de ce virus, on ne peut plus se toucher, ni se faire de bisous ou de câlins. On doit respecter une distance d’au moins deux mètres avec les gens et les rencontres de plus de cinq personnes sont interdites. C’est si grave que la population a été confinée à domicile depuis le 13 mars et que le conseil fédéral a déclaré l’état d’urgence en Suisse. La dernière fois qu’une telle mesure a été prise, c’était pendant la guerre de 39/45 et je n’étais pas née, c’est dire. La protection civile a même battu le rappel de ses troupes et ton oncle a été mobilisé pour servir la communauté.

Cette pandémie me rappelle l’urgence de dire à ceux que j’aime combien ils comptent pour moi et qu’il faut s’aimer vivants.

Évidemment, tous ces événements me font réfléchir et me confrontent à ma propre finitude. Cette pandémie me rappelle l’urgence de dire à ceux que j’aime combien ils comptent pour moi et qu’il faut s’aimer vivants. Ils me mettent également en résonance avec mon passé, mes parents, mes propres grands-parents, bref, avec la filiation, me rappelant que je ne suis qu’un maillon dans une chaîne dont personne ne connaît la longueur. Il faut savoir d’où l’on vient pour avancer dans la vie. Et si je n’existe plus dans le monde où tu vivras, j’existerai un petit peu au travers de cette lettre. Une lettre qui me rapproche de toi qui n’existes pas encore et dans laquelle je te parle du monde tel qu’il est à la date du 11 avril 2020. Une discussion que nous n’aurons probablement jamais mais justement, l’écrit a cet avantage qu’il reste quand les paroles s’envolent et qu’il met les esprits et les cœurs en communion.

Pour revenir au covid-19, je m’inquiète un peu pour toi et pour tes parents. Il faut reconnaître que la situation est inhabituelle, historique même. De mémoire d’homme, on n’avait encore jamais vu ça : la planète entière paralysée par un organisme microscopique ; un coronavirus minuscule mais dangereux au point de confiner des milliards de personnes à la maison et de bloquer l’économie mondiale. Tu imagines, la civilisation, en fait l’humanité tout entière, confrontée à sa fragilité et sa vulnérabilité face à un petit machin de rien du tout ! On est peu de chose comme dit mon amie la rose. Comme quoi, l’argent, le progrès et la technologie ne font pas tout, personnellement je dirais même qu’ils défont tout ! Mais bon, ça c’est une autre fable que te racontera peut-être ton papa qui a tout très bien compris. Ou alors cette crise aura tout changé et ce sera de l’histoire ancienne.

Tout ça pour te dire que tes parents doivent affronter quelque chose de totalement nouveau. Ils ne le disent pas, mais je suis sûre qu’ils sont un peu inquiets et c’est bien compréhensible. Ils ont désormais charge d’âme comme on dit.

Dans l’immédiat, tu es bien au chaud dans ton petit monde à toi et je suis rassurée car ta maman fait tout ce qu’il faut pour te protéger et ton papa fait tout ce qu’il faut pour vous protéger tous les deux. Ils se sont bien trouvés avec ta maman. Tu verras, ton papa est vraiment drôle parfois. Enfin, peut-être que toi, vu que tu seras son fils, tu le trouveras moins amusant que moi. Le regard d’un fils n’est pas celui d’une mère. Mais je sais qu’il sera pour toi un père attentionné, comme il l’est avec ta maman et avec nous.

Pour le moment le monde ne rigole pas. Il va même assez mal. En France, le Président Macron a tonné plusieurs fois au début de la crise que La France était en guerre ! Alors oui, c’est grave, mais quand même pas comme au temps de la 2e guerre mondiale. Ma maman, donc ton arrière-grand-mère, a connu la guerre, elle. La nourriture était rationnée et il n’y avait pas toute cette technologie moderne pour communiquer et tuer le temps durant le couvre-feu. Ma mère a gardé des traces profondes de cette période. La peur de la faim et celle de manquer l’ont poussée à faire des réserves toute sa vie, au cas où la guerre reviendrait. Elle a en tellement parlé lorsque j’étais enfant que je souhaitais vivre en Suisse quand je serais adulte car le risque de conflit y semblait moins élevé. Du coup, j’y habite vraiment depuis mon mariage avec ton grand-papa et je fais aussi des réserves. Comme quoi la peur se transmet comme les virus. En attendant, quand la guerre est arrivée, comme dit le président Macron, et que les magasins d’alimentation ont été pris d’assaut, on avait de quoi voir venir quelques semaines avec ton grand-papa.

Tu vois, ce qui m’étonne quand je pense à tout ça, c’est que mes parents comme tous ceux de leur génération et ceux qui les ont précédés parlaient toujours du passé en disant le bon vieux temps quand ils évoquaient leurs souvenirs. Je me demande bien de quel temps ils parlaient vraiment. Probablement celui de leur jeunesse où tout est neuf et la vie pleine de vitalité et d’intensité. Ce temps où tout est à construire et à vivre, je suppose.

Et si c’est ainsi, alors il n’y a pas de bon ou de mauvais temps, juste le temps qui passe et dans lequel se déroulent des événements heureux ou tragiques qui nous marquent et nous rendent parfois nostalgiques. La nostalgie c’est la maladie des vieux.

Tu me diras que moi aussi je suis vieille, mais tout est relatif et tu verras que plus tu vieilliras moins tu te considéreras comme un vieux. Cependant, même si je vieillis et que l’avenir ne semble pas très rose, je préfère regarder vers l’avenir plutôt que vers le passé. Ton grand-papa dit parfois que je suis négative quand je parle du monde, moi je lui rétorque que je suis juste lucide.

On ne peut pas nier que le monde va mal actuellement, c’est un fait, mais le monde, tu le découvriras par toi-même, est magnifique et résilient comme la nature humaine en laquelle j’ai toute confiance. Je ne doute pas que des solutions émergeront de cette crise. Mais j’ai surtout confiance en ta génération qui saura, qui devra changer les choses pour vivre sur cette planète mise à mal par le progrès, la cupidité et la surpopulation.

Me voilà repartie dans mes grands discours. Je me demande si tu auras un peu de moi, si mon sang de Française bouillonnera aussi dans tes veines. Je trouverais ça très drôle.

En tout cas, durant cette crise « coronavirienne », je suis contente de te savoir à l’abri dans le ventre tout doux de ta maman. Et j’espère de tout mon cœur que cette pandémie sera derrière nous lorsque tu naîtras et que tu poseras pour la première fois ton regard curieux sur ce monde toujours plein de promesses.

À l’heure où je t’écris cette lettre, tu as sept mois. Il reste encore deux mois avant ta naissance. Deux mois où tout peut encore changer. Alors je prie le ciel pour qu’à la mi-juin, avec ta venue au monde, un monde nouveau s’éveille avec toi. Un monde sans virus, plein d’espérance et empli des câlins que toute la famille pourra te dispenser sans crainte de contamination.

Je me réjouis de ta venue et t’envoie, par l’esprit et avec le cœur, tout l’amour que j’ai déjà pour toi.

 

Grand-maman Cathy

 

© Catherine Gaillard-Sarron 11.4.20

Chamblon le 10 avril 2020

C’est lorsque les choses les plus élémentaires viennent à manquer ou font défaut que l’on comprend qu’elles étaient essentielles.

À mes petites-filles 

À Robine et Alice, mes petites-filles, dont les jolies frimousses et les craquants sourires me manquent. Un mois déjà que le confinement a été décrété et que je ne vous vois plus que de loin ou par écrans interposés. Terminés les balades dans la campagne chamblonnoise, les haltes à la place de jeux, les fous rires sur la balance à bascule, le toboggan ou le tourniquet. Terminés vos regards émerveillés devant les bulles transparentes, la beauté fragile d’un coquelicot ou les petits agneaux nouvellement nés. Tout cela a pris fin avec l’arrivée du covid19, ce vilain virus qui m’oblige à garder mes distances et mes câlins pour moi. Fini les chansonnettes, les dînettes, les goûters dans la nature et les repas en famille. Fini les bisous, vos petites mains dans les miennes, la proximité et les gestes d’affection. Le covid19 a tout chamboulé, tout bouleversé, tout séparé.

Comment vous manifester mon affection à travers un écran de téléphone ? Comment attirer votre attention afin que vous ne m’oubliiez pas ! Vous êtes encore si petites…

Si le confinement perdure, vous souviendrez-vous de moi ? Et quelles traces cela laissera-t-il dans votre mémoire ? Ne serais-je plus pour vous qu’une image comme les autres, un être immatériel auquel il sera impossible de s’attacher ou se rattacher ? Un simple avatar de grand-maman, vidé de son essence et de son humanité ?

J’appréhende les séquelles de ce confinement, cette épreuve inattendue et brutale qui, d’un jour à l’autre, a séparé les générations. Chacun de son côté, chacun pour soi, une atomisation subite des familles et des individus. Des individus prisonniers de leurs cellules familiales, elles-mêmes prisonnières de sociétés emprisonnées dans des nations incarcérées sur la planète Terre, paralysée par un organisme microscopique. La catastrophe est à venir, et c’est dans ce bouleversement profond, dont on ne mesure pas encore les retombées, qu’elle réside.

C’est lorsque les choses les plus élémentaires viennent à manquer ou font défaut que l’on comprend qu’elles étaient essentielles. On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va, a dit Jacques Prévert. Ne plus pouvoir enlacer un homme ou une femme qu’on aime, ne plus pouvoir serrer un enfant dans ses bras, un fils, une fille, un frère, une sœur. Ne plus pouvoir consoler un proche, un ami, serrer une main. Ne plus oser baiser une joue fraîche, embrasser de douces lèvres, caresser des cheveux, un visage !

N’était-ce pas cela le bonheur ? un bonheur fait d’amour, d’amitié et de tendresse. Un bonheur fait de partage, d’émotion et de passion. Un bonheur simple, mais essentiel et vital pour les êtres humains qui tissent et nourrissent des relations, trame de toute société humaine, à la différence des machines qui n’éprouveront jamais rien et ne seront jamais douées d’empathie.

En ce temps de Pâques où l’espérance est plus forte que la mort, où la nature reverdit et la lumière triomphe des ténèbres, j’espère de tout mon cœur que cette épreuve ne durera pas et qu’elle permettra à chacun de se remettre en question. Qu’elle permettra une prise de conscience collective et fera évoluer la société vers un avenir meilleur et respectueux de l’homme, de la femme, de la nature et de la planète tout entière. Un éveil qui, peut-être, débouchera sur un renouveau si ce n’est une résurrection.

J’espère surtout que nous nous retrouverons bientôt, Robine et Alice, et que je pourrai vous transmettre tout ce que j’ai dans mon cœur et une partie de ce que j’ai dans mon esprit.

J’ai tant à vous raconter et vous avez tant à m’apprendre…

Je me réjouis tant de vous revoir. J’ai hâte de vous serrer dans mes bras, de vous couvrir de bisous et de célébrer la vie avec vous en prenant le temps d’en savourer chaque instant.

Votre grand-maman

 

© Catherine Gaillard-Sarron 10.4.20

Chamblon le 10 avril 2020

Lettre publiée le 16.4.20 sur la page Facebook de l’AVE

Maman soleil

Sur les chemins venteux où je vais solitaire, fuyant l’appartement et le covid19, mes souvenirs affluent et réchauffent mon cœur. Je pense à toi, maman, à ce lien invisible qui au-delà du temps nous relie l’une à l’autre en dépit de l’absence.

Je marche et je contemple sur l’horizon rougi le soleil embraser la chaîne du Jura, ce fascinant spectacle qui sans fin se répète et apaise mon âme quand la peur la tenaille. Je pense à toi, à ce temps élastique qui s’étire sans fin, ce temps où tu n’es plus mais où tu vis quand même. Je revois ton sourire au détour d’un chemin, ton regard amusé dans le creux d’un nuage. Un oiseau qui s’envole, une biche étonnée, tout me ramène à toi dans le soir qui descend, élargissant l’espace où baigne mon esprit.

Le temps n’existe pas et le néant non plus, ta présence demeure au cœur des souvenirs me reliant à toi qui me relies au Tout. Un Tout fait d’espérance, d’amour et de pensée qui console et rassure quand le soleil s’éteint.

Je contemple le ciel aux éclats rougeoyants et je souris sereine devant ce grand mystère, car pareil au soleil qui meurt à l’horizon, illuminant les cieux de ses derniers rayons, ton amour est lumière et éclaire mon cœur.

Le soleil ne disparaît pas, maman, il se lève simplement ailleurs et l’amour ne meurt pas, il rayonne simplement autrement. Pareil au soleil qui brille malgré les ténèbres, ton amour resplendit en moi malgré l’absence. L’amour ne peut mourir, il est immortel. Alors, je comprends, maman, que tu es toujours là, que tu ne disparaîtras jamais, que même si je ne te vois plus, même si je ne t’entends plus, comme le soleil, tu brilles simplement ailleurs et autrement, et que pareil au soleil qui meurt et puis renaît, l’amour est un phénix qui transcende la mort et emplit chaque jour mon cœur de ta lumière.

Sur les sentiers déserts où s’allongent les ombres, ton souvenir m’apaise et réchauffe mon cœur. Au-delà de l’absence et du covid19, tu es maman soleil mon guide dans la nuit, éclairant ce chemin ou je vais solitaire d’un amour rayonnant à jamais éternel.

Cathy, ta fille qui ne t’oublie pas

 

© Catherine Gaillard-Sarron 26.3.20

 

Chamblon le 4 avril 2020

Lettre publiée sur le site du magazine Générations le 15.4.20

Destinataire
Madame Mimi Sarron
Home Les milles étoiles
U+221E Infini

 

«Tu le sais comme moi, l’amour n’a pas de frontières »

Ma douce et chère maman,

J’espère que tu vas bien et que de ton home aux mille étoiles, tu suis avec attention et bienveillance nos pérégrinations corona-pathétiques. Aujourd’hui où par sécurité les êtres humains se doivent d’être à distance les uns des autres, je suis plus près de toi que jamais. Tu le sais comme moi, l’amour n’a pas de frontières, il transcende tout, même la matière. La présence de ceux qu’on aime n’est pas que physique, tant de vivants sont absents aux autres et à eux-mêmes.

Avec Claude nous vivons au ralenti mais cela ne nous affecte pas trop car nous savons nous occuper et apprécions une certaine solitude. Mais nos enfants et nos petites-filles nous manquent, même si nous nous téléphonons souvent et organisons régulièrement des rencontres vidéo par WhatsApp.

Je mesure en ces moments difficiles, la chance d’être deux et de s’aimer. Et à cette heure où le mot d’ordre est l’éloignement, de pouvoir se le manifester avec des gestes de tendresse, si précieux quand l’autre est désormais perçu comme une menace de contamination potentielle.

En ces temps troublés où le coronavirus paralyse le monde, isole les gens et sépare les parents de leurs enfants adultes et de leurs petits-enfants, tu me manques terriblement, maman, et c’est avec le cœur et l’esprit que je t’écris cette lettre que seul le facteur Amour est à même de distribuer.

Tu me manques, et même après des années, je garde le réflexe de me tourner vers toi quand je suis inquiète et que j’ai besoin de réconfort. Toi qui as connu la guerre et surmonté tant d’épreuves ; toi qui étais si forte et courageuse, qui as élevé dix enfants et nous a donné tant d’amour. Tu restes mon modèle de courage et de persévérance, maman. Je ne t’oublie pas. Tu es toujours là, avec moi, douce et souriante dans ton cadre sur mon bureau. Car j’en suis convaincue, si penser à toi te ramène à moi, alors il existe, au-delà de la raison, un langage indicible qui nous relie encore, un “translangage” qui nous console de la mort et nous relie à cette espérance que seul l’Amour est éternel.

C’est pourquoi je garde confiance en la vie, en l’amour, en la capacité humaine de faire front et de faire émerger un monde meilleur de cette épreuve planétaire.

Je t’aime maman et de ton home serti au cœur des étoiles, je sais que tu veilles sur moi, sur la famille, sur le monde…

Ta fille qui ne t’oublie pas…

 

© Catherine Gaillard-Sarron 4.4.20

Chamblon le 26.3.20

J’essaie d’être philosophe et d’aller au-delà du matériel, de voir avec le cœur et de toucher avec les yeux.

Mon cher Ive,

Une pensée de Chamblon où le printemps triomphe. La nature est résiliente. Elle s’adapte, évolue et se moque des virus et des humains. Comme le disait Victor Hugo « C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas ». Elle a pourtant tant à nous dire, tant à nous apprendre.

Le temps est venu de se mettre à son écoute et d’en prendre soin. Tout comme est venu le temps de prendre soin de ceux qui nous entourent et que nous aimons. Ceux qui nous soutiennent au quotidien et que nous ne voyons plus, trop occupés que nous sommes à nous divertir et à nous étourdir avec des gadgets ou par écrans interposés. Temps également de prendre soin des plus démunis, des plus pauvres et de tous ces anonymes qui œuvrent en silence au bien-être général. Le monde ne peut se reconstruire sans eux.

La situation actuelle nous pousse à l’introspection et je souhaite que toute cette réflexion permette l’émergence d’une société nouvelle, plus juste et plus respectueuse de l’environnement et des êtres humains.

Je vais bien, Claude et les enfants aussi et j’espère de même pour toi, Francine et tes proches. Le confinement ne m’atteint guère car ma vie se déroule habituellement dans mon bureau où j’écris et passe le plus clair de mon temps. Nous avons la chance d’habiter un bel endroit et les promenades quotidiennes rythment nos après-midi. La solitude ne me pèse pas, elle permet d’éclaircir les idées et de clarifier la pensée.

La seule ombre au tableau est l’absence physique de nos enfants et de nos deux petites-filles. Mais la technologie numérique a du bon. Nous organisons des rencontres virtuelles sur WhatsApp et nous nous téléphonons souvent. J’essaie d’être philosophe et d’aller au-delà du matériel, de voir avec le cœur et de toucher avec les yeux.

Mon cher ami de cœur, je te souhaite de conserver ton indéfectible bonne humeur et ce regard émerveillé sur le monde, surtout de rester en forme pour notre prochaine rencontre à Champoussin, où, face aux Dents du Midi, nous boirons ensemble à la santé de la nature, de l’amitié et d’une nouvelle société.

Je t’embrasse bien fort et Claude se joint à moi pour les bisous.

Embrasse aussi Francine pour nous.

Prends bien soin de toi.

Catherine

 

© Catherine Gaillard-Sarron 26.3.20