La Décision

Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais tel que nous sommes.

Emmanuel Kant

La Décision

Billet Daniel Fattore

L’inévitable n’arrive jamais, l’inattendu tout le temps. Keynes

« Avec beaucoup de sensibilité ce roman traite d’un sujet qui affecte malheureu-sement de plus en plus de personnes dans notre société. Catherine Gaillard-Sarron analyse avec justesse et humanité ce mécanisme qui détruit et broie un individu en l’isolant du groupe. Elle nous révèle à quel point notre société se montre aveugle devant la violence indirecte, cette forme de violence silencieuse que l’on nomme harcèlement moral et qui utilise les armes de la malveillance, de la manipulation et de la persécution… ! » Jean-Marie leclercq

Avril 2018 – 308 pages
ISBN : 978-2-9700942-8-9

Prix 28 CHF   eBook 4.49

Lorsque les mots ne viennent plus au bord des lèvres, ils vont hurler au fond de l’âme. Christian Bobin

La violence est le dernier refuge de l’incompétence. Isaac Asimov

La Décision

Longtemps Vincent s’est demandé comment être à la hauteur. À la hauteur de sa famille, de sa femme Vivianne, de son couple, de son ambition professionnelle. La situation difficile et destructrice qu’il vit sur son lieu de travail le fragilise et il ne parvient plus à communiquer avec sa femme qui ne mesure pas sa détresse. Petit à petit, il s’enferme dans une prison de solitude et sombre dans une spirale de désespoir.

Extrait billet Daniel Fattore 30.6.18

« Partir d’un malaise existentiel pour passer à autre chose: c’est le fil conducteur de « La Décision », troisième roman de l’écrivaine Catherine Gaillard-Sarron. Un roman qui tourne autour du personnage de Vincent, mis à l’écart d’une promotion très attendue au profit d’un collègue. Que faire, dès lors? En parler en famille? Vincent prend une décision qui va traverser tout ce roman où la psychologie occupe une place prépondérante. »

La vie ce n’est pas attendre que l’orage passe, c’est apprendre à danser sous la pluie. Sénèque

La vraie vie c’est ce qui se passe pendant qu’on est occupé à autre chose. John Lennon

Billet Daniel Fattore sur « La Décision »

« La Décision », un week-end pour changer la vie »

Blog Fattorius 30.6.18

Catherine Gaillard-Sarron – Partir d’un malaise existentiel pour passer à autre chose: c’est le fil conducteur de La Décision, troisième roman de l’écrivaine Catherine Gaillard-Sarron. Un roman qui tourne autour du personnage de Vincent, mis à l’écart d’une promotion très attendue au profit d’un collègue. Que faire, dès lors? En parler en famille? Vincent prend une décision qui va traverser tout ce roman où la psychologie occupe une place prépondérante.

Partir d’un malaise existentiel pour passer à autre chose: c’est le fil conducteur de « La Décision« , troisième roman de l’écrivaine Catherine Gaillard-Sarron.

Psychologie? La romancière aborde des thèmes difficiles comme le harcèlement en entreprise ou l’incommunication en couple et en famille, voire entre amis. Il en résulte d’assez longs passages introspectifs, les personnages étant poussés à se remettre en question; d’autres évoquent la vanité de certaines valeurs d’entreprise, voire la perte de sens du travail. Cela ralentit certes le propos, mais ça sonne toujours juste.

Le propos? Le harcèlement en entreprise dont Vincent est la victime est peu décrit. La trame narrative se concentre sur la narration du week-end en famille que Vincent vit après son éviction. Basé sur un mensonge, une omission qui va peser un peu sur l’ambiance, celui-ci s’avère cependant heureux, plus même que d’habitude: les activités sont nombreuses et pas forcément de tout repos, entre balade à Nyon, rencontre avec les voisins, etc. Pour un quadragénaire surmené virant quinqua, Vincent a d’ailleurs la santé: il fait l’amour une demi-douzaine de fois à son épouse durant les deux ou trois jours qui sont le cœur de La Décision, et les descriptions, sans fausse pudeur, s’avèrent voluptueuses comme il se doit. Ces scènes suggèrent aussi qu’un langage du corps, à défaut de celui des mots, s’installe à nouveau entre les personnages, avec passion.

Des personnages aux noms choisis avec soin, d’ailleurs. Certains rappellent des localités romandes (Marly, Morat) ou des polices de caractère (Bodoni, Garamond), d’autres sont transparentes, à l’instar de ce supérieur hiérarchique nommé Canis, véritable chien. Il est à relever que si les personnages secondaires, et en particulier les collègues de travail de Vincent, sont le plus souvent désignés par leur nom de famille, les personnages qui composent la famille de Vincent sont nommés par leur prénom, et ce n’est qu’incidemment qu’on apprendra leur patronyme, assez loin dans le roman. Ainsi se crée, pour le lecteur, une connivence particulière avec la famille qui est au cœur de La Décision.

La Décision, c’est trois ou quatre jours qui vont tout changer dans la vie d’une famille suisse romande ordinaire. Tout le monde en sort grandi et plus mûr, même les deux filles qui, en fin de roman, ne pensent plus guère aux gadgets électroniques indispensables pour être dans le coup à l’école. En forme de nouveau départ, la conclusion a des airs de roman feel-good, suggérant que si l’absence de communication peut faire d’importants ravages, parler de ses problèmes, par écrit ou par oral, est un premier pas vers leur résolution. Et La Décision trouve les mots simples et justes pour le dire.

La conclusion a des airs de roman feel-good, suggérant que si l’absence de communication peut faire d’importants ravages, parler de ses problèmes, par écrit ou par oral, est un premier pas vers leur résolution. Et « La Décision » trouve les mots simples et justes pour le dire.

Catherine Gaillard-Sarron, La Décision, Chamblon, CGS, 2018. Préface de Jean-Marie Leclercq.

Daniel Fattore 30.6.18

Préface La Décision

Avec beaucoup de sensibilité ce roman traite d’un sujet qui affecte malheureusement de plus en plus de personnes dans notre société. Sur le tard, dans ma carrière de psychothérapeute, je suis moi-même intervenu à de nombreuses reprises pour libérer des individus enfermés dans le piège prévu pour leurs supplices. Catherine Gaillard-Sarron analyse avec justesse et humanité ce mécanisme qui détruit et broie un individu en l’isolant du groupe. Elle nous montre à quel point notre société se montre aveugle devant la violence indirecte, cette forme de violence silencieuse que l’on nomme harcèlement moral et qui utilise les armes de la malveillance, de la manipulation et de la persécution…

Longtemps Vincent s’est demandé comment être à la hauteur. À la hauteur de sa famille, de sa femme Vivianne, de son couple, de son ambition professionnelle. La situation difficile et destructrice qu’il vit sur son travail le fragilise et il ne parvient plus à communiquer avec sa femme qui ne mesure pas sa détresse. Petit à petit, il s’enferme dans une prison de solitude et sombre dans une spirale de désespoir.

Un vendredi soir, alors que s’ajoute brutalement à son désarroi la frustration de voir la promotion professionnelle promise lui passer sous le nez, il atteint un point de non-retour et prend une décision qui va bouleverser sa vie ; conséquence non désirée mais quasi mécanique instaurée par la mentalité managériale. Cette introspection douloureuse, qui brouille son rapport au monde, aux autres, et à l’amour qui aura un prix, va alors s’inscrire dans LA DECISION de disparaître comme une « machine souffrante » qui soit socialement plausible.

Durant le week-end, davantage tourné vers les siens, qu’il redécouvre, Vincent prend conscience des sacrifices inutiles, du temps perdu et de la vanité des choses. Mais il est trop tard. Malgré l’intensité désespérée d’une intimité retrouvée avec Vivianne, il ne parvient pas à libérer sa parole.

Avec une immense délicatesse et par une tenue de récit qui force le respect, la romancière commente, analyse et raconte simplement de manière factuelle cette tempête sous un crâne à hauteur d’homme sans concessions !

De l’amour, de la sensibilité, de la sensualité, une profonde connaissance de l’âme humaine, mais pas de sensiblerie dans ce roman où l’on passe de l’illusion à la désillusion, du romantisme de choc à la destruction morale. Une histoire forte, émouvante qui nous entraîne dans le sillage de deux êtres brisés qui s’aiment et tentent de reconquérir leur estime de soi sans évoluer au même rythme, en sachant que l’amour n’est malade de rien, il est tout entier ce qu’il doit être à chaque instant avec ses abîmes et ses splendeurs.

L’incroyable destin de Vincent se métamorphose sous la plume de Catherine Gaillard-Sarron en épopée hyper romanesque dans une relation d’addition de changements et de transformations qui révèlent un roman existentiel de notre époque.

                                                                    Jean-Marie Leclercq 15.09.2017

Le salaire n’est que l’esclavage prolongé

François-René Chateaubriand

Jeudi 5 septembre 2013 – 19 h 00

Prologue

 

— Papa ! Le souper est prêt !

— Je viens, ma chérie. Dis à maman que j’arrive dans cinq minutes.

— Tu dis toujours ça et tu ne viens jamais ! rétorque Pauline, sa fille cadette âgée de treize ans.

Vincent lui sourit d’un air triste.

— Alors, commencez sans moi. J’ai encore du travail à terminer.

Pauline referme la porte et Vincent se replonge dans le dossier sur lequel il planche depuis plusieurs semaines. Une étude importante qui lui prend beaucoup d’énergie et de temps et qui confirmera, si tout se passe comme prévu, ses compétences au poste de responsable du service financier qu’il devrait décrocher demain.

Il s’active une vingtaine de minutes sur son ordinateur puis se laisse aller contre l’appui-tête du fauteuil. Son regard se perd sur le ciel mordoré qui se découpe dans le cadre de la fenêtre ouverte. L’air est doux, agréable. Les hêtres et les chênes qui délimitent la propriété se parent de tons cuivrés et flamboient dans le soleil couchant. Il aimerait tout laisser tomber. Aller faire une promenade avec Vivianne – il y a si longtemps qu’ils ne se sont plus promenés main dans la main – ou pourfendre à grandes brasses l’eau du lac ou de la piscine ; la seule chose qui le calme et lui permet d’oublier ses soucis.

Vincent ferme les yeux et se masse les globes oculaires. Il est exténué. Cette promotion devrait lui redonner la crédibilité perdue et mettre fin au calvaire qu’il endure depuis des mois sur son lieu de travail. Il attend ce moment avec impatience. Il n’en peut plus de cette situation qui le mine et le rend malade. Et Vivianne qui ne comprend rien. Qui ne veut rien entendre.

Un coup léger à la porte le fait sursauter et Vivianne entre au même instant dans la pièce.

— Vincent ? Il est passé dix-neuf heures trente. Tu avais dit cinq minutes ! Les filles ont déjà mangé. Est-ce que tu viens ou je dîne encore toute seule ?

Il regarde sa femme d’un air embarrassé.

— Excuse-moi, Vivianne, mais je dois absolument finaliser ce rapport pour demain matin. Ma promotion en dépend, tu le sais bien.

Vivianne considère son mari avec découragement. Elle aimerait pouvoir l’arracher à son travail, lui faire comprendre qu’il a une femme et deux filles. Mais Vincent est tellement obnubilé par son job qu’il ne voit même pas qu’elles existent.

— C’est toujours la même chose avec toi, dit-elle d’un ton las. Il n’y a que ton boulot qui compte. Regarde, tu n’as même pas pris le temps d’ôter ton costume ou de prendre une douche depuis que tu es rentré. Tu ne trouves pas que tu exagères ?

Vincent s’agite sur son fauteuil.

— Je te l’ai dit, Canis a besoin de ce dossier demain matin. C’est vraiment important pour moi. Pour nous.

Son ton est suppliant, son regard fatigué. Devant son air épuisé et ses yeux cernés, Vivianne hésite entre l’envie de le prendre dans ses bras ou de lui faire une énième scène.

Elle soupire.

— Bon, je veux bien faire encore un effort, mais si tu n’es pas là dans cinq minutes, je mange sans toi.

Vivianne est repartie. Son parfum discret flotte dans la pièce. Comment lui expliquer à quel point ce rapport est vital pour lui, pour elle et pour les filles, justement ! Il lui en veut de son égoïsme. C’est pour elles trois qu’il subit tout ça et travaille d’arrache-pied. Vincent se remet à la tâche mais une angoisse sourde lui noue les tripes. Il pense à Canis, le directeur du service financier qui lui pourrit la vie depuis un an. Il essaie de se concentrer sur les statistiques qui défilent sur l’écran et oublie l’heure.

Les cinq minutes sont passées depuis longtemps lorsqu’il arrive à la cuisine.

Son dîner attend sur la table. Vincent s’assied et mange en silence. Vivianne est devant la télé, les sons lui parviennent du salon. Il entend Pauline et Elsa qui se chamaillent à l’étage. Son rapport est enfin bouclé. « Alea jacta est », se dit-il en terminant son verre de vin. Il dépose ses couverts dans le lave-vaisselle et monte dire bonne nuit à ses filles. C’est le seul moment de la journée où il peut échanger un peu avec elles. Un rituel auquel il ne déroge jamais.

Il est vingt-deux heures quand il redescend. Il se tire un café à la cuisine et rejoint Vivianne au salon.

— Merci pour le souper, dit-il en s’écroulant sur le canapé.

— De rien.

Son ton est un peu cassant. Vincent la dévisage.

— Tu es fâchée ?

— Non, mais j’en ai un peu marre d’être toujours toute seule.

— Je sais. Je suis vraiment désolé, Vivianne. Mais je te promets que les choses vont aller mieux à partir de demain. Tu verras, cette promotion va changer notre vie. Tout ce travail n’aura pas été vain. Avec ce nouveau poste, mes compétences vont être validées et je suis persuadé que cela améliorera aussi les relations avec mes collè…

Vivianne le coupe sèchement.

— OK Vincent. Je l’espère aussi, mais en attendant, si tu pouvais ne plus parler « boulot » et regarder tranquillement le film avec moi, je pourrais peut-être suivre ce qui se passe.

Blessé par son indifférence, Vincent se tait. Il se sent seul. Incompris. Il regarde la télé sans la voir et le fait de fixer l’écran où défilent des images qu’il ne voit pas, aux côtés de sa femme qui ne le voit pas non plus, accentue encore son sentiment de solitude. Il ferme soudain les yeux. Penser à demain, se dit-il. À cette promotion qui modifiera la donne et le sortira de ce cercle vicieux où il est en train de sombrer. Il jette un œil à Vivianne, absorbée par le film, et prend conscience de la distance qui se creuse entre eux.

Il se lève.

— Je vais me coucher, dit-il, je suis crevé. Bonne nuit.

— Oui. Bonne nuit, Vincent.

Il prend une douche rapide et se met au lit. Quand Vivianne se glisse dans les draps, vers minuit, il ne dort toujours pas.

Allongé sur le dos, les yeux grands ouverts dans l’obscurité, il écoute la respiration régulière de sa femme qui semble s’être endormie. Il perçoit la chaleur de sa peau nue contre la sienne, son odeur. Il ne peut s’empêcher de penser que si leurs corps sont toujours proches, leurs esprits se sont éloignés l’un de l’autre.

À l’instant où il se tourne, il sent la main de Vivianne se poser sur sa cuisse. Ce geste le rassure et il appose sa propre main sur la sienne. Il maintient sa pression un moment puis la relâche avant de sombrer dans le sommeil…

 

L’un des symptôme d’une proche dépression nerveuse et de croire que le travail que l’on fait est terriblement important.

Bertrant Russel

 Vendredi 6 septembre 2013 – 17h30

Extrait chapitre 2

Les yeux fixés sur la route, les mains crispées sur le volant, Vincent roule en silence. Il a quitté Romont depuis dix minutes et son malaise ne fait que croître. Il aimerait penser à autre chose. Oublier son travail. Oublier ce qui s’est passé aujourd’hui. Il enclenche la radio pour se changer les idées et croise son regard dans le rétroviseur. Ses traits tirés trahissent la tension et la détresse qui le rongent. Il passe sa main droite sur son front comme pour gommer les rides transversales qui le creusent. L’horloge de bord marque 17 h 30. Encore trois quarts d’heure de route. À peine de quoi se recomposer un visage pour affronter Vivianne. Dehors, l’orage qui menace depuis son départ éclate soudain et des trombes d’eau s’abattent violemment sur le pare-brise. Vincent enclenche les essuie-glaces et coupe la radio d’un geste nerveux. Le bruit assourdissant et le manque de visibilité le perturbent. Il réduit sa vitesse et se concentre sur la conduite. À présent, seuls le martèlement de la pluie sur la carrosserie et le raclement des balais sur les vitres emplissent l’habitacle et scandent le flot saumâtre de ses pensées.

Il se sent tellement las. Tellement vide. Les yeux rivés sur la chaussée mouillée, Vincent ne peut s’empêcher de ressasser sa journée. Son esprit est resté bloqué sur la séance du matin. Après le choc terrible de la nouvelle, tout s’est écroulé autour de lui. Il ne sait pas comment il a trouvé la force de se lever pour retourner à son bureau. Il se revoit avancer dans une sorte de brouillard, concentré sur la porte de sortie pour ne pas s’effondrer. Il sent encore sur lui les regards cuisants et faussement compatissants de ses collègues, leurs sourires entendus, leurs plaisanteries douteuses dans son dos, comme si tous savaient déjà ce qui allait se produire et s’en délectaient.

À cette évocation, son cœur se serre à lui faire mal. Il se sent trahi. Brisé.

Il ne se souvient plus des heures qui ont suivi cette abominable réunion, les plus noires de son existence. Il ne se souvient de rien. Il n’est plus rien ; qu’un agrégat douloureux d’émotions contradictoires qui explosent dans sa tête et son cœur comme l’orage qui éclate au dehors.

Comment sa direction a-t-elle pu lui faire un coup pareil ?

Une nouvelle douleur lui contracte la poitrine. Il a du mal à respirer.

Cela fait des mois qu’on lui promet ce poste. Des mois qu’il bosse comme un malade dans cet unique but, sacrifiant tout son temps à l’entreprise, négligeant sa famille, sa santé ! Et ce matin, devant tout le monde, désavoué, mortifié, il apprend brutalement qu’il n’est pas promu. Il a fait tout le boulot, s’est encore fâché avec Vivianne, hier soir, à cause de cette saleté de rapport, et c’est un autre qui tire les marrons du feu !

Comment a-t-il pu être aussi naïf ?

Il se souvient de son effarement. De sa colère. De cet indescriptible sentiment d’injustice et d’humiliation qui a presque failli le faire s’évanouir.

Malgré l’horreur de la situation, il s’est efforcé de garder sa contenance lorsque les applaudissements ont salué la victoire de son rival, mais le choc a été si violent, si inattendu, qu’il a eu véritablement le sentiment de se désintégrer devant eux. Confronté à leur cruauté, et surtout à leur odieuse connivence, il a douloureusement pris conscience, à cet instant, qu’il était le seul à tomber des nues. Tous savaient ce qui se passait, sauf lui. En plus d’être le bouc émissaire, il était maintenant le cocu de l’entreprise. Une sorte de coup de grâce collectif cautionné par la direction et couronné par cette ignoble décision.

Malgré la pluie battante, Vincent descend un peu sa vitre. Une telle hostilité lui donne envie de gerber. Sa carapace se lézarde, se disloque. Il se sent vulnérable, misérable. Pareil à une coquille vide ! Il étouffe. Il a si mal. Il n’arrive pas à se calmer. La douleur est là, vive, cuisante, palpitante au creux de son estomac. Elle lui vrille les entrailles, le brûle, réveille ses vieilles blessures.

Son regard quitte un instant la route et il tend une main vers le vide-poches. Il l’ouvre d’un geste sec et attrape un vieux paquet d’antiacides oublié entre deux cartes routières. Nos vieux démons ne sont jamais bien loin, songe-t-il avec amertume en fourrant deux pastilles dans sa bouche.

Le goût douceâtre des antiacides se mêle à sa salive et ses pensées refluent. Il ne comprend pas comment les choses ont pu dégénérer à ce point. Comment une simple réflexion dans un colloque, justifiée de surcroît, a pu ficher toute sa carrière en l’air et générer une vengeance pareille. Car il en est convaincu, à présent, tout cela est l’œuvre de Canis, la cerise sur le gâteau de fiel qu’il a patiemment élaboré au fil des mois.

Dire qu’il trime depuis dix ans dans cette boîte.

Un reflux acide lui envahit la bouche. À quoi bon s’être crevé à la tâche pour en arriver là ! Ses compétences et ses qualités humaines n’auront servi à rien. Contrairement à la plupart des collaborateurs de l’entreprise, il fait partie de cette espèce en voie de disparition qui a encore le sens de l’effort et le souci du travail bien fait. Un dinosaure pour la génération « y ». Mais un dinosaure consciencieux et conscientisé. Peut-être est-ce là que le bât blesse ? se dit-il. Mais comment imaginer que sa conscience puisse déranger ses collègues ? Les met-elle face à la leur ? En ont-ils seulement une ? Vu l’indigence de leurs propos, il en doute. Pour autant, même si sa façon d’être leur déplaît et qu’il ne cadre pas avec le modèle dominant de la virilité, cela ne justifie pas le harcèlement dont il est l’objet. Il le sait, ce genre d’agissements est monnaie courante dans les entreprises mais, pour que cela dérape et vire au cauchemar, comme dans son cas, il faut un meneur. Un incitateur qui, pour des raisons qui lui sont propres, transforme cette inimitié en une arme dont la finalité est le pouvoir. Un abus de pouvoir qui passe par la destruction d’une cible désignée et trouve sa légitimation dans la complicité et le silence du groupe tout entier.

Vincent connaît l’élément déclencheur qui lui a valu un tel traitement, mais il sait aussi que Canis ne pouvait fonder sa campagne de dénigrement sur ce seul fait. Il lui fallait trouver d’autres points sur lesquels l’attaquer et le discréditer. Alors il s’est focalisé sur sa personnalité et lui a reproché son attitude distante, soi-disant contre-productive, son caractère introverti, nuisible à une bonne collaboration, son côté méticuleux, révélateur, selon lui, d’un manque évident d’ouverture et de créativité, son âge aussi, un frein au changement et à la prise de risques. Bref, dès son premier jour de service, Canis a perçu, flairé cette antipathie latente à son égard et l’a utilisée et canalisée à son profit pour lui faire payer son insubordination et sa tête qui ne lui revenait pas. Voilà maintenant douze mois que ce salopard lui pourrit la vie et l’écrase, littéralement, pour asseoir son pouvoir sur le groupe.

Le visage de Canis surgit dans son esprit et Vincent a un haut-le-cœur. Il déglutit avec peine. Ses brûlures s’intensifient.

Il n’a pourtant rien d’une victime. Intègre et cohérent, il est aussi courageux et sait se défendre quand il le faut. Mais il a compris que sa résistance excite Canis comme le sang excite un chien. Qu’elle cristallise sur lui, telle une catharsis, le ressentiment et les frustrations de ses collègues. Il a observé qu’il existe deux sortes de profils qui suscitent le rejet et la haine des autres : les faibles qui ramènent les harceleurs à leur médiocrité et les courageux qui les ramènent à leur lâcheté. On écrase le plus faible pour se sentir supérieur et le plus courageux parce qu’il représente un danger. Pour faire partie du groupe, il faut donc être moyen. Ni trop bon ni trop mauvais. Il faut disparaître à soi, se fondre dans le corps social et se soumettre au chef de meute. Les règles sont simples, et le groupe exerçant un autocontrôle permanent sur ses membres, celui qui ne joue pas le jeu est automatiquement sanctionné car il met en danger la cohésion du groupe. Vincent est devenu ce grain de sable qui les empêche de tourner en rond. Cet élément qui les empêche de se conforter les uns les autres dans leur fonctionnement pervers. Il doit être éliminé. Telle est la norme pour exister

Il le sent, quelque chose a craqué en lui. Une trappe s’est ouverte sous ses pieds et il n’en finit plus de tomber. Il tombe dans un abysse insondable. Un gouffre noir sans fond ni bord qui l’attire irrésistiblement. Plus rien ne peut freiner sa course. Cette chute vertigineuse le trouble, l’effraie, le grise, lui procure une sorte d’ivresse des profondeurs. Il lâche totalement prise. Et il continue à tomber. Il n’existe plus. Il n’est rien. Rien ! Il ne remontera pas. Il ne le peut plus.

Au bout de quelques minutes, brisé, cassé, Vincent se redresse comme un automate. Dans son visage pâle, traces de sa chute étourdissante, ses pupilles sont comme deux trous noirs au centre de ses iris bleus. Il tremble encore un peu. Mais le calme est revenu en lui. Sa décision est prise. Il ne retournera pas travailler dans cette putain de boîte, lundi. Il ne reverra plus cette ordure de Canis ! Ce sale chien ! Ce Cujo qui aboie pour un rien et terrorise tout le monde. C’est au-dessus de ses forces.

La sonnerie de son portable le ramène soudain à la réalité. C’est un message de Vivianne.

« Alors ? C’est bon ? Je sors le champagne ? »

Il en a tellement parlé de cette promotion. Il était tellement sûr d’avoir le poste. Sa déception est immense. Indicible. Comment leur dire ? Comment avouer cette défaite sans passer pour un loser fini ? Comme Perrette et le pot au lait, sa femme et leurs deux filles ont déjà dépensé l’argent qu’il n’aura jamais.

Il reste plusieurs secondes à fixer son écran éteint. Puis il écrit :

« Oui, sors le champagne. J’arrive d’ici une demi-heure. » Il hésite, puis rajoute : « Je t’aime ». Et il envoie le message

À cet instant, il prend conscience que cela fait bien longtemps qu’il n’a plus écrit ces trois petits mots à Vivianne. Vingt ans de mariage, ça use comme dit la chanson. Et pourtant, il aime toujours sa femme, même s’il a le sentiment qu’il ne compte plus beaucoup à ses yeux. Toujours la même histoire, on rêve d’un prince charmant ou d’une princesse charmante et finalement on se retrouve avec une grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf.

Que de déceptions. De désillusions. L’être humain est décidément bien complexe, immature et insatisfait se dit Vincent. Mais il n’a pas menti à Vivianne. Oui, il faut fêter cette décision qu’il vient de prendre et qui, étonnamment, le soulage. Et comme pour le conforter dans cette résolution, la pluie cesse au moment où il redémarre et un timide rayon de soleil perce la carapace nuageuse en dévoilant un pan de ciel bleu.

 

La vraie vie c’est ce qui se passe pendant qu’on est occupé à autre chose. 

John Lennon 

 Vendredi 6 septembre 2013- 18h45

Extrait chapitre 3

Quand il arrive devant sa villa, située en bordure du village, l’orage n’est plus qu’un souvenir et le soleil brille de nouveau. Les géraniums tombants qui ornent les fenêtres sont magnifiques et resplendissent sous l’arrosage impromptu de la pluie. Au moins n’aura-t-il pas besoin de les arroser ce soir. En ce début septembre, l’été joue les prolongations et il se réjouit de cet allié inattendu. Il ne dira rien à Vivianne et aux filles. Sa décision étant prise, ce mensonge n’a plus d’importance et ne changera rien à la situation. Quant à faire, autant que ces deux jours soient pour tous les quatre un week-end inoubliable. La semaine prochaine risque d’être difficile.

Sa femme court au-devant de lui.

— Vincent ! Je suis heureuse pour toi. Félicitations !

Il accepte ses congratulations mais ne répond rien. Vivianne a l’air sincère et Vincent la prend dans ses bras. Peut-être que son « je t’aime » a fait bouger un peu les lignes. Il suffit parfois de si peu de chose.

Elle se recule et le regarde, le front plissé.

— Ça va ? Pour quelqu’un qui vient d’obtenir le poste de ses rêves, tu n’as pas l’air très en forme, dit-elle.

— Oui, oui, ça va. Mais rouler sous l’orage a été éprouvant. J’ai un peu mal à l’estomac et à la tête.

— J’espère que cela ne t’a pas coupé l’appétit car on a préparé une petite fête en ton honneur avec Elsa et Pauline.

Vivianne lui saisit le bras et l’entraîne sur la terrasse où le champagne attend dans un seau à glace ainsi que plusieurs plats d’amuse-bouche plus appétissants les uns que les autres.

— Quelle surprise, dit-il, étonné par cet accueil. Vous êtes sûres que je mérite un tel festin ?

— Mais bien sûr, papa ! Ta promotion va me changer la vie ! dit Pauline. J’aurai enfin un nouvel iPhone et je ne serai plus la risée de mes copines !

— À moi aussi, ça va changer la vie, renchérit Elsa. Car maman a promis qu’on me rachèterait un nouvel ordi. Le mien bogue tout le temps et je ne peux même plus aller sur Facebook !

— En voilà un drame, dit Vincent en s’asseyant.

Il se tourne vers sa femme.

— Et toi, que veux-tu ?

— Après la télé, une nouvelle voiture ne serait pas du luxe. Mais on peut attendre encore un peu. D’abord les vacances en Sicile. On verra ensuite.

Vincent saisit la coupe de champagne que lui tend Vivianne. Il regarde tour à tour sa femme et ses filles dans les yeux et trinque à leur santé. Il espère qu’elles comprendront sa décision et surmonteront cette épreuve sans trop de dommages. Il se sent vieux jeu, dépassé, perdu dans un monde devenu trop matérialiste. Il pense à ses parents. Aux valeurs qu’ils lui ont transmises et qu’il a essayé de transmettre à ses propres filles. Les enfants d’aujourd’hui sont si éloignés, si détachés de ces vertus qui l’ont construit et ont fait de lui ce qu’il est devenu. Quant aux adultes, se dit-il en songeant aux attentes de Vivianne, ils comblent leur vide intérieur en se jetant à corps perdu dans un consumérisme forcené qui entraîne tout le monde dans le mur. À qui la faute ? Aux parents ? À l’école ? À la société ? À l’existence ? À soi-même ? Un peu à tout ça à la fois sans doute, se dit-il.

— Papa, tu ne manges pas ? Tu sais, c’est nous qui avons tout fait, dit Elsa.

Sa fille aînée le regarde avec un air de défi et lui tend le plat de croissants au jambon. Vincent en prend un et lui sourit. C’est une jeune femme maintenant. Bientôt seize ans. Ses filles sont belles, comme leur mère. Il les regarde à nouveau toutes les trois et s’étonne de ces années qui ont passé si vite. Il regrette d’avoir consacré tant de temps à son travail et à des employeurs qui se sont moqués de lui. Il n’a pas vu grandir ses filles. Il vivait dans une autre dimension. Parallèle à sa famille mais pas avec elle.

— Alors ! C’est bon ? demande Pauline.

— Oui, très bon. Fais-moi goûter les autres, dit-il en lui tendant son assiette.

Vincent fait un effort pour faire plaisir à Pauline mais, comme il n’a rien mangé depuis la veille – la trahison du matin lui étant restée sur l’estomac – il a faim et mange finalement avec appétit les bonnes choses préparées par ses filles. La nourriture calme ses brûlures d’estomac et son mal de tête s’estompe. Il se sent mieux et prend conscience des instants qu’il est en train de vivre. Il le sait, cela ne durera pas. Autant en profiter. Étrangement, il ne ressent aucune angoisse. Le calme avant la tempête ou simplement le sentiment d’avoir pris la bonne décision et de se sentir enfin en paix ? se demande-t-il. Il préfère cette façon positive de voir les choses même si cela peut sembler paradoxal. Il ne reviendra pas là-dessus. Il pousse un long soupir. C’est la première fois depuis longtemps qu’il apprécie de rester sans rien faire. Sans se sentir obligé de se remettre immédiatement au boulot pour terminer le travail ramené à la maison. Quel idiot il a été. À quoi bon tout ça. La vraie vie était là, sous ses yeux.

Il observe Vivianne faire des allers et retours entre la terrasse et la cuisine. Elle porte une élégante robe turquoise à bretelles qui rehausse l’éclat de ses cheveux blonds et souligne sa taille fine. Le décolleté généreux met en valeur la finesse de ses épaules et le galbe harmonieux de sa poitrine. Les années n’ont rien terni de sa beauté. Elle est toujours sexy à quarante-quatre ans. Il se demande si elle l’a trompé. Il a si souvent été absent. Et même quand il était présent, il était absent puisqu’il s’enfermait dans son bureau pour travailler.

Vincent sirote son champagne et se souvient aussi de son incompréhension et de son irritation quand, à plusieurs reprises, il a essayé de lui parler de ses difficultés professionnelles. Un sujet tabou qui semblait la déranger car, à chaque fois qu’il a abordé le sujet, Vivianne a minimisé ses problèmes ou l’a mitraillé de « t’as qu’à » à répétition : t’as qu’à aller voir ton patron ! T’as qu’à leur ficher ton poing dans la figure ! T’as qu’à leur faire pareil ! T’as qu’à les ignorer ! T’as qu’à te mettre en maladie. Taka taka taka ! On aurait dit un pistolet-mitrailleur. L’agression, merci ! Il connaissait, c’était de son écoute et de son attention dont il avait besoin.

Son manque flagrant d’empathie à son égard l’a blessé et éloigné d’elle. Il aurait tellement aimé pouvoir lui dire ce qu’il éprouvait. Partager avec elle son ressenti et sa souffrance. Qu’elle le comprenne, le soutienne. Qu’elle l’aide réellement. Mais Vivianne n’a jamais mesuré le désarroi dans lequel il se trouvait. Sa femme vit à côté de lui, dort dans le même lit que lui, mais elle ne veut pas voir, pas entendre, pas savoir. Elle non plus ne veut pas de lui comme miroir. Et si vingt ans ne lui ont pas suffi pour le comprendre, il doute que trente, quarante, cinquante ni même cent ans y suffisent jamais. Il a donc gardé ses soucis pour lui et s’est replié un peu plus sur lui-même. Quant à ses filles, plongées dans l’égocentrisme de l’adolescence, elles ne se souviennent de leur père que lorsqu’elles ont besoin d’argent de poche ou d’un nouveau gadget électronique. Il a parfois l’impression de n’être plus qu’un pourvoyeur de fonds, un porte-monnaie sur pattes, un crapaud comme disait son grand-père. On est bien loin du prince charmant. Mais peut-être est-ce cela la vie d’une famille normale. Il ne sait plus vraiment.

— Ça va mieux ?

Vincent sursaute. Plongé dans ses pensées, il n’a pas remarqué que Vivianne s’est assise à côté de lui.

— Oui, beaucoup mieux. J’ai eu un petit moment à vide en rentrant, mais c’est passé maintenant. Merci pour la petite réception.

— Ce sont les filles qui ont eu l’idée. Mais je les ai aidées un peu.

Il lui sourit et partage le restant du champagne dans leurs deux verres.

— Elles sont où ?

— Pauline est dans sa chambre et Elsa est allée chez Emma. Je suppose qu’elle n’a pas pu résister au plaisir de lui annoncer la bonne nouvelle ! À ce propos, raconte-moi un peu comment ça s’est passé ce matin ?

Des images de la séance du matin lui reviennent à l’esprit par flashs. Vincent n’a pas envie de parler de ça avec Vivianne. Il se passe la main dans les cheveux et botte en touche.

— Oh, tu sais, toujours la même chose. Il n’y a pas grand-chose à dire. Et puis j’en ai un peu marre de cette boîte si tu veux tout savoir. Je préférerais qu’on parle d’autre chose. Tiens, de ce qu’on va faire demain, par exemple.

Étonnée par sa réponse, Vivianne jette coup un œil à son mari. Il a l’air distrait. Ailleurs. De plus, outre le fait qu’au bout d’une heure il n’a pas encore filé dans son bureau, il semble même prêt à passer le week-end en famille. Une première. Néanmoins, le sujet de son boulot ne l’intéressant pas plus que ça, elle met cette réaction sur le compte de l’effet « Promotion » et embraye sur l’idée d’une sortie au bord du lac. Cela fera plaisir aux filles et son mari adore nager.

Vincent l’écoute d’une oreille distraite en buvant son champagne. La soirée est douce et l’alcool opère sa magie en allégeant la réalité de sa gravité. Il se sent un peu euphorique. Les effluves du parfum de Vivianne lui caressent les narines. Oui, juste vivre le moment présent, se dit-il en fermant les yeux. Ne penser à rien d’autre. À Rien.

Il sent le regard de sa femme sur lui et lève les yeux vers elle. Ses prunelles grises le sondent. Elle cherche peut-être dans ses yeux la trace de ce « je t’aime » qu’il lui a envoyé tout à l’heure. Il est soudain touché par son attention, sa douceur, sa blondeur. Il a envie de la serrer contre lui. De l’embrasser. Envie de lui faire l’amour comme au premier jour. Rouler sa jupe sur ses hanches ; dévoiler ses longues cuisses fines et hâlées. Poser sa bouche sur son sexe doré. Extraire ses seins de sa robe ; les caresser, les mordiller, les sucer. Il a envie d’elle. Là, maintenant. De la prendre, de la remplir, de lui laisser pour toujours une trace inoubliable de son amour. Une empreinte indélébile.

Pourquoi a-t-il oublié combien elle était séduisante, attirante ?

Vivianne l’observe toujours. Il sent le questionnement dans ses yeux. Il y découvre aussi l’étincelle d’un désir prêt à s’enflammer. Ils sont sur la même longueur d’onde. Cela fait si longtemps.

Son désir est soudain si intense qu’il se lève.

— J’ai besoin d’une douche. Je reviens dans dix minutes.

Il se rend dans la chambre à coucher. Se déshabille. Un instant, il contemple son reflet dans le miroir de la salle de bain. Rien, on ne voit rien de ce qui le détruit. Un homme grand et plutôt bien bâti ; aux traits affirmés, au regard un peu triste et à la crinière noire émaillée d’argent. Il entre dans la douche. L’eau sur son corps lui fait du bien. Il la laisse couler sur sa peau. Il aime cette sensation, ce sentiment qu’elle emporte avec elle la crasse qui ternit sa vie. Il se sent mieux. Ses brûlures d’estomac ont disparu.

Sa décision a tout résolu.

La condensation a envahi la cabine. Il n’entend pas Vivianne arriver. Soudain elle est là, près de lui, nue. Elle a perçu son appel. Il lui prend doucement le visage entre ses mains. Lui baise les lèvres, les goûte, l’embrasse à pleine bouche, goulûment, passionnément. L’eau ruisselle sur leurs paupières fermées, se mêle à leur baiser. Son désir s’embrase. Vivianne se cambre. Il lui mordille les seins, ses seins si beaux, si ronds, si doux. Il s’agenouille devant elle. Elle soupire, halète. Il aime la sentir vibrer sous ses caresses. Se donner tout entière. Il la plaque contre le mur, lui relève une jambe. La prend comme si c’était la première fois. Il l’emplit de son amour, de sa colère, de sa souffrance. Vivianne s’agrippe à lui. Il resserre son étreinte. S’accroche à elle. Il l’emplit de sa vie, de ses regrets, de son souvenir. Il se noie en elle. À grands coups de reins. Se perd en elle. Et l’eau qui coule sur leurs corps, qui les lave de leurs blessures, du passé, de l’avenir, pour ne laisser que le présent. Un présent inespéré auquel tous les deux, en cet instant, s’ouvrent avec extase, le recevant comme un don inattendu et merveilleux. Leurs bouches se joignent et ils jouissent ensemble dans un cri silencieux qui résonne au plus profond de leur ventre et de leur cœur. Ils se regardent et se redécouvrent dans le regard de l’autre. L’autre qu’on avait perdu. L’autre qui s’était perdu.

 

Machine de douleur

 

J’ai été une machine de douleur
au point de chute des boyaux miniers
dans un drame carbonifère
que personne ne peut entendre ni voir.
J’avais un moteur moderne dans mes entrailles,
toute l’angoisse prisonnière
parmi les témoignages ligotés
qui ont disparu dans le miroir des scories immondes.
Maintenant, je fais un bruit énorme en me réveillant
et tous les jours je rejette une horrible fumée
comme un spectre pâle d’un esprit décadent
qui épuise à jamais toute sa charge de charbon.

 

© Jean-Marie Leclercq Paroles voilées sur l’homme – France Libris 2017

La nécessité de dire

 
Quelle distance
entre les hommes
et quelle absence
au cœur de l’homme !
j’ai cherché dans les autres
un peu de moi-même.
Ils n’ont pas voulu comprendre.
Une puissance obscure tient dedans,
Idéal bien trop beau
Pour être des yeux d’hommes !

 

© Jean-Marie Leclercq Paroles voilées sur l’homme – France Libris 2017

Je viens de terminer le roman La Décision offert par une amie et cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un livre d’une traite. J’ai beaucoup beaucoup aimé, et beaucoup est un piètre euphémisme! Quelle palette d’émotions et de sentiments, j’en suis toute retournée. Ce roman m’a touché autant par la délicatesse et la force des sentiments exprimés que par la violence sous-tendue par moment.
On comprend mieux de quelle manière l’ambivalence de l’Homme peut le pousser au pire lorsque la douleur est indicible, pour finalement lui permettre de se transcender dans l’Amour et le Partage.

Je recommande vivement ce roman de Catherine Gaillard-Sarron.
Merci beaucoup pour ce présent précieux. Pascale

2 juillet 2018, Commentaire sur La Décision

Commentaires La Décision

Marie Brulhart – le 17 août 2018

CH-1436 Chamblon, avril 2018 – 290 p.

Vendredi 6 septembre 2013 : Vincent a pris la décision de ne pas retourner au travail lundi. « Il n’est pas l’agneau immolé des Evangiles qui expie les péchés du monde en mourant sur la croix au terme de la passion. Il ne veut pas être stigmatisé. » Suite à une mise à l’écart par ses collègues, il n’a pas obtenu la promotion attendue. Malgré une intimité intense retrouvée avec sa femme Vivianne, il ne parvient pas à lui avouer sa situation. Il échappe de justesse à une embardée suicidaire, ce qui réjouit toute sa famille. Durant sa convalescence, il trouve la force d’écrire pour vivre une véritable libération par la parole. La lumière a jailli de sa faille intérieure car, comme le chante Albert Cohen, « dans toute chose il y a une déchirure et c’est par là qu’entre la lumière ».

Ce livre est un beau témoignage sur l’amour qui éclaire la vie.

Rodarima – le 26 juillet 2018

Un livre palpitant, une très belle plume, on ne peut attendre la fin. Maîtrise parfaite de l’histoire qui évolue entre tension, abandon et amour, pour surgir vers la lumière.

Lien Amazon

Serge Goy – le 11 juillet 2018

Je termine maintenant la lecture de ton bouquin. Ma première idée a été de te féliciter, mais j’aime mieux te remercier. Te remercier de m’avoir fait passer de si bons moments ces trois derniers jours. J’ai en effet lu le livre en beaucoup moins de temps que je le pensais. J’y ai trouvé une résonance particulière et un parallélisme surprenant avec mon existence. Ça a agi comme un révélateur et ça fait du bien.

Il y a quand même une chose que je trouve remarquable, c’est ton courage. Tu n’as pas peur d’entrer dans des démarches très osées pour exprimer des choses comme ces expériences de mort imminente dont je viens de lire deux livres. J’y ai retrouvé l’essentiel de ce que j’y ai lu. Et j’aime aussi les surprises qui jalonnent l’histoire et qui relancent les situations, les angles nouveaux que tu trouves.

Bref, je trouve ça super et me réjouis de te retrouver, avec Claude, lors d’une prochaine rencontre au Hessel peut-être.

Armand D. – le 10 juillet 2018

J’ai eu de belles émotions en lisant ton roman, et ainsi me remettre en question sur ma petite vie d’égoïste. 

Encore Bravo!!  
A Bientôt

Pascale Glepin – le 2 juillet 2018

Je viens de terminer le roman La Décision offert par une amie et cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un livre d’une traite. J’ai beaucoup beaucoup aimé, et beaucoup est un piètre euphémisme! Quelle palette d’émotions et de sentiments, j’en suis toute retournée. Ce roman m’a touché autant par la délicatesse et la force des sentiments exprimés que par la violence sous-tendue par moment.
On comprend mieux de quelle manière l’ambivalence de l’Homme peut le pousser au pire lorsque la douleur est indicible, pour finalement lui permettre de se transcender dans l’Amour et le Partage.

Je recommande vivement ce roman de Catherine Gaillard-Sarron.
Merci beaucoup pour ce présent précieux.

 Lien Amazon

 

Daniel Fattore – le 30 juin 2018

« La Décision« , c’est trois ou quatre jours qui vont tout changer dans la vie d’une famille suisse romande ordinaire. Tout le monde en sort grandi et plus mûr, même les deux filles qui, en fin de roman, ne pensent plus guère aux gadgets électroniques indispensables pour être dans le coup à l’école.

En forme de nouveau départ, la conclusion a des airs de roman feel-good, suggérant que si l’absence de communication peut faire d’importants ravages, parler de ses problèmes, par écrit ou par oral, est un premier pas vers leur résolution. Et « La Décision » trouve les mots simples et justes pour le dire.

Extrait billet Daniel Fattore 30.6.18

 

Jacqueline Juillet – le 27 juin 2018

Un petit mot pour te dire que je viens de terminer la Décision. Je l’ai lu très vite…il fallait que je sache et c’est chaque fois avec plaisir et hâte que je m’y replongeais.

Très joli roman sur la vie d’entreprise, parfois difficile. On ressent vraiment les tourments de Vincent et sa quête pour être à la hauteur. Vraiment bravo ! J’ai eu un immense plaisir ! vivement ton prochain roman.

Ma maman te remercie aussi pour Intemporalité. Elle aime beaucoup te lire aussi.

Un tout beau week-end à vous deux.

 

Bourdon –  le 25 juin 2018

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce livre écrit dans un français excellent et avec un vocabulaire choisi !

Ce n’est pas un thriller, mais le suspense reste présent concernant la nature de cette « Décision ». Je ne l’ai pas lâché car l’art de l’auteure pour parler de l’amour, de la résilience, de l’importance de l’échange pour lutter contre le mobbing, la  médisance et la méchanceté d’une personne ou d’un groupe de personnes m’a amené à suivre les personnages de ce roman sans  m’arrêter pour apprécier à sa juste mesure le final…

En résumé, c’est un message plein de compassion qui m’a permis de remettre en question toute une série de mes « certitudes » !

 

Commentaires

Mes livres sont disponibles en eBooks

Cliquer sur les boutons pour les commander.

Vous souhaitez commander un livre papier?