« APPÂTISSERIE »

À paraître dans La Face cachée du monde, mai 2026

Cette femme sans tête et sans voix dont on voile ou dévoile selon l’idéologie, la religion, la morale ou le business, le visage ou le derrière ! 

« Appâtisserie »

 

Comme une marchandise,

La femme,

Exposée, emballée

Dans d’aguichantes dentelles,

Attire,

Appâte malgré elle

Le mâle consommateur !

 

Placardée sur les murs,

Au bord des routes

Et des carrefours,

En chair et en guipures,

Véritable « appâtisserie »,

La femme est devenue produit !

À vendre sans pudeur,

Dans le bruit les odeurs.

À consommer entre

Ou après les repas

Et son corps,

Pareil à des quartiers de viande,

Est débité en obscènes images,

Jeté en pâture à la concupiscence.

 

Morcelée, fragmentée,

Vendue au kilo et par morceaux,

La femme, désacralisée, désincarnée,

Vidée de son essence,

N’existe plus en tant que telle.

 

Mais existait-elle ?

Servante depuis toujours,

La voici devenue chose,

Convoitise,

Chatterie,

Objet sexuel pour le « mal gaze » !

 

Où est donc cette émancipation,

Cette liberté espérée par la femme ?

N’apparaît que la manipulation,

L’utilisation de son corps,

Exposé, rabaissé, humilié,

Étêté pour mieux le chosifier !

Une chair confisquée

Comme le vivant,

Achetée et vendue

Au plus offrant,

Aux passants.

 

Quelle est donc cette femme

Que l’on vend en partage ?

Que l’on montre sans ambages ?

Cette femme otage,

Cette femme chantage,

Cette femme sans tête et sans voix

Dont on voile ou dévoile,

Selon l’idéologie,

La religion,

La morale

Ou le business,

Le visage ou le derrière ?

 

© Catherine Gaillard-Sarron 2002-2026