Je te crois!
Poème inédit
Mais toutes, nous savons que la parole d’une femme vaut moins que celle d’un homme, et que le pire d’entre eux vaut plus que la meilleure d’entre nous…
Je te crois
Tu dis qu’on te harcèle,
Tu dénonces les abus,
Les violences sexuelles,
Les violences sexistes,
Et le viol et l’inceste.
Mais ta parole est niée,
Déformée, contestée,
Trop souvent rejetée,
Décrédibilisée.
On refuse de t’entendre,
On détourne le regard,
On questionne tes gestes,
Tes mots et ta mémoire.
On ne veut pas te croire,
Pas croire à ton histoire.
« T’as vu comme tu t’habilles ! »
« Quand même tu l’as cherché. »
C’est constamment ta faute,
Toujours toi la fautive,
Victime, mais coupable.
Assez de ces silences,
De cette hypocrisie,
De ces soupçons odieux.
Assez de ce déni,
De cette impunité,
De ces accès aux corps
Des femmes et des enfants.
Moi, je t’écoute,
Je te comprends,
Je te crois !
Je sais que tu dis vrai,
Parce que la vérité exige du courage,
Parce qu’elle coûte cher,
Parce qu’elle brise la peur,
Parce qu’elle fait peur.
Mais toutes, nous savons
Que la parole d’une femme
Vaut moins que celle d’un homme,
Et que le pire d’entre eux
Vaut plus que la meilleure d’entre nous.
Nous savons que les institutions
Ne sont pas souvent de notre côté,
Que la justice est tendancieuse.
Les hommes le savent aussi :
Ils sont le système qui nous emprisonne,
Qui nous nie,
Qui nous broie.
Alors, je te crois !
Je te crois
Quand tu racontes l’inacceptable,
Quand tu mets des mots sur l’indicible,
Quand ta voix tremble,
Quand elle se brise.
Oui, je te crois,
Moi qui suis une femme,
Qui partage tes ressentis, ta réalité,
Qui sais combien ces histoires se ressemblent,
Combien elles marquent.
Je te crois,
Et je voudrais que tous ceux
Qui mettent ta parole en doute
Puissent voir la souffrance
Au fond de ton regard.
Qu’ils cessent de t’accuser,
De te juger :
Qu’ils te respectent
Et s’excusent de leurs comportements.
Que la honte change de camp,
Que ta parole soit reçue,
Entendue,
Que la justice soit juste
Et qu’on te dise, enfin,
Sans détour, sans réserve
Quand tu oses porter plainte :
Je te crois !
© Catherine Gaillard-Sarron 3.6.26
