Des tortues et des femmes
Poème extrait du recueil La Face cachée du monde
Comment quand on est femme exister dans ce monde ?
Rêver d’un avenir ? Y faire naître nos filles ?
Des tortues et des femmes
Face à la manosphère.
À la misogynie.
Au sexisme de masse.
Face au masculinisme.
À l’antiféminisme.
Au fascisme,
À tous les intégrismes.
Face au harcèlement,
Sexuel,
Professionnel,
De rue.
Face à la violence,
Structurelle,
Systémique,
Conjugale,
Qui dénigre les femmes,
Les discrimine,
Les décrédibilise
Les déshumanise,
Les tue.
Face à la haine des femmes
Qui progresse et qui croît.
Face à l’immobilisme
De ceux qui laissent faire.
L’inertie silencieuse
Des pouvoirs politiques,
Judiciaires,
Policiers,
Qui en n’agissant pas
Renforcent cette haine !
Comment quand on est femme
Exister dans ce monde ?
Rêver d’un avenir ?
Y faire naître nos filles ?
Après les fœticides,
Après les féminicides,
Ce sont toutes les femmes
Qui sont mises en danger,
Menacées d’extinction
Par la virilité ;
Un gynécide silencieux
Perpétré au regard de tous.
Comment être une femme
Dans ce monde violent ?
Un monde où les humaines
Seront minoritaires,
Sans relâche traquées
Par des mâles en surnombre.
Comment vivre sa vie ?
Espérer être libre ?
Comment imaginer
Mettre au monde des filles ?
Les livrer sans remords
À un monde cruel,
Où des mâles arrogants
S’approprieront leurs corps.
Des femmes et des filles
Sans fin persécutées,
Enfermées dans des cages
Symboliques et phalliques,
Reflétant les névroses
Des hommes qui les forgent.
Des mâles vulnérables
Pleins de haine de soi
Qui masquent leurs faiblesses
En oppressant les femmes.
Des femmes et des filles
Qui n’enfanteront plus,
Broyées par la pression,
Le manque d’horizon,
Qui, pareilles aux tortues
De l’île de Golem Grad,
Choisiront le suicide
Pour échapper aux mâles
Et fuir la barbarie
Des sévices infligés.
© Catherine Gaillard-Sarron
La Face cachée du monde avril 2026
En regard du poème – Des tortues et des hommes
Sur l’île de Golem Grad, en Macédoine du Nord, une population de tortues d’Hermann est menacée d’extinction en raison d’un déséquilibre extrême entre mâles et femelles. Les mâles, très majoritaires, harcèlent et agressent les femelles de manière répétée, au point de provoquer chez elles des blessures graves et un stress tel qu’elles cessent de se reproduire.
Des observations scientifiques ont montré que certaines femelles, acculées par cette pression constante, se jettent volontairement du haut des falaises, préférant la chute à la violence subie. Les chercheurs parlent d’un suicide démographique.
D’après un article d’Adriana Stimoli (MSN, février 2026) et une étude publiée dans la revue scientifique Ecology Letters.
