Rails invisibles
ou l’urgence de prendre son temps…
Poème inédit
Passagers d’un TGV infernal,
Nous fonçons, endormis, vers notre fin,
Rails invisibles
Comme un train file sur ses rails,
Avalant à grande vitesse les kilomètres
Qui le séparent de sa destination,
File notre existence sur terre,
Débobinant à toute allure
Les années qui la séparent de sa disparition.
À l’instar des paysages
Qui défilent derrière les vitres,
Défilent sous nos paupières closes,
Les séquences de notre vie éphémère.
Le monde va trop vite,
Et nous emporte dans sa trépidation,
Nous dérobant, dans sa course débridée,
Le temps qui nous est imparti ;
Il nous étourdit par son accélération,
Nous entraîne dans sa folie,
Et nous aspire corps et âme
Dans son redoutable mouvement.
Aveuglés par la vitesse,
Nous ne distinguons plus les paysages de notre vie
Qui se succèdent si vite
Que même leurs souvenirs s’estompent
Et disparaissent de notre mémoire,
Nous laissant vides, insatisfaits,
Derrière les vitres de notre existence.
Libres, nous sommes pourtant captifs
De ce convoi qui nous isole,
Des autres et de nous-mêmes.
Sans fin, nous errons et nous nous perdons,
Dans les couloirs interminables
De wagons bondés de routines aliénantes,
De gadgets dérisoires, de bagages inutiles :
Tant de choses qui masquent l’essentiel,
Mais nous semblent indispensables pour vivre.
Il est urgent de prendre son temps.
De respirer.
De ralentir ses pensées.
De s’extraire un instant de ce tourbillon
Et d’ouvrir les yeux sur la vie,
Le présent :
Cette expérience immédiate,
Unique,
Dans laquelle tout se joue.
Passagers d’un TGV infernal,
Nous fonçons, endormis, vers notre fin,
Inconscients de la vitesse vertigineuse
À laquelle nous nous déplaçons,
Et sans regarder par la fenêtre où se déroule la vie.
Une vie dans laquelle nous ne sommes plus,
Préoccupés et occupés à autre chose.
Tels les poteaux kilométriques
Qui défilent à toute allure le long des voies,
File notre existence sur des rails invisibles,
Nous rapprochant à grande vitesse
Du terminus de la ligne.
© Catherine Gaillard-Sarron 16.1.06 / 12.4.26
