Est-ce mal de faire bien?

“Voici notre grand défi : vivre au cœur du problème et ne pas être remis en cause par lui, telle est la joie de la liberté. “

Tulku Urgyen Rinpoché 7.8.09

Est-ce mal de vouloir faire bien ? Poser cette question n’est-ce pas mettre le doigt sur nombre de problèmes de la société et des êtres humains ?

Si on observe comment les choses se passent dans le monde on s’aperçoit vite qu’on écarte, pour ne pas dire élimine, les bons éléments, les honnêtes, les intègres et les probes du système. Que tout est fait tout pour les décourager et les démotiver. On les éjecte des endroits où ils veulent et pourraient apporter le bien et la justice, où ils pourraient changer les choses. Leur désir de transparence est insupportable, aveuglant. Ces êtres-là dérangent, bousculent, perturbent, troublent, contrecarrent ce que d’autres ont patiemment construits dans l’ombre. Leurs vertus sont source de moqueries. Pis, elles sont utilisées contre eux pour les manipuler et les détruire. Ils sont tellement impeccables que tous les détestent. On ne remercie pas ces gens-là, on les discrédite, on les humilie, on les licencie, et on les balance, tant ils mettent en lumière la noirceur de ceux qui les fustigent. On écrase ce qu’on ne peut atteindre.

La justice ne sert pas les honnêtes gens mais les nantis. Les grandes sociétés et les multinationales ne sont pas aux mains des humanistes mais de requins avides et ultralibéraux. Et la politique est faite par et pour des hommes qui ne veulent et ne voient que leur intérêts et pas celui des citoyens. S’en mettre plein les poches et obtenir pouvoir et puissance, voilà à quoi sert la politique. Et la liste est longue. Tout nous montre que seuls l’argent et le pouvoir sont importants et que pour les obtenir tous les moyens sont bons : conspirations, manigances, corruption, escroqueries par milliards, coup d’état, crimes, terrorisme, dictatures, guerres etc.

Le juste vient déranger, bouleverser cet ordre qui prévaut depuis des millénaires. Alors on l’exclut du système pour que tout continue toujours pareil. Ou il part de lui-même, laissant les crabes dans leurs paniers et les loups se dévorer entre eux.

la soumission renforce l’oppression et accentue la désertification sociale et morale qui assèche la société.

Les gens ont tellement bien intégré les rapports de force et la notion de dominant dominé qu’ils se soumettent sans discuter au système. Ils ont également si bien intériorisé le fait que la société est un lieu dangereux réservé à la compétition et à la magouille qu’ils cautionnent ce même système en vous empêchant même, parfois, de faire aussi bien que vous le pourriez de crainte de vous voir déstabiliser un système dans lequel ils ont leur place et qu’il ne veulent par voir remis en question. Un système qui fonctionne très bien.

Mais nous faisons tous partie du problème et en acceptant un système défaillant, sans chercher à y remédier, nous consolidons le pouvoir de ceux qui l’ont crée et nous en devenons les complices, car la soumission renforce l’oppression et accentue la désertification sociale et morale qui assèche la société.

Comment changer un système qui fonctionne ainsi depuis le début du monde ? On ne peut pas ! Les révolutionnaires étant rapidement repérés et mis hors d’état de nuire, la seule alternative est d’en sortir.

Car, oui, il y a bel et bien deux mondes, incompatibles, celui de la lumière, de la justice, du cœur et de l’esprit et celui de l’ombre, des magouilles, de l’argent et du crime. On ne peut pas changer cela. À mon sens, la seule façon de survivre si l’on se sent du côté de la lumière et de la justice c’est de sortir de celui de l’ombre. Sinon on s’y perdra corps et âme.

Nous sommes les milliards de pistons d’une machine conçue pour générer un profit dont nous ne profiterons jamais mais que nous faisons tourner sans nous poser véritablement de questions. Une machine qui, au final, broie sous ses pilons tous ceux qui la font tourner. Les esclaves des temps modernes !

C’est pourquoi rien ne change et ne changera jamais car les êtres honnêtes et intègres qui essaient changer le système, et pourraient le faire si on leur en laissait la liberté, en sont systématiquement élimés par mobbing, burn out, licenciements, démissions, complots, assassinats… Malgré leur bonne volonté, ils se rendent vite compte que ce labeur de Sisyphe est inutile et les entraîne de surcroît dans un cercle vicieux qui les pervertit. Comprenant que ce monde est entre des mains obscures et que leurs efforts n’y changeront rien, ils n’ont d’autre choix que de sortir du système pour survivre. Au pire certains retournent leurs vestes pour s’adapter au système et au final rien ne change et tout continue exactement pareil…

Pour contrer cette désertification morale et sociale, ces “Survivants” deviennent artistes, poètes, écrivains, musiciens, peintres, sculpteurs… Ils se mettent à créer en puisant à l’intérieur d’eux-mêmes les éléments qui permettront aux autres de toucher du doigt, au travers de leurs œuvres personnelles, à l’universalité de cette vérité à laquelle ils aspirent et que tous pressentent car tapie en chacun de nous.

Ainsi tentent-ils, par l’Art, de freiner cette désertisation qui pervertit les êtres.

Sauver le monde par la beauté.

Par la pureté des âmes des créateurs.

Les humains sont faits pour le bien c’est pour cela qu’ils se sentent mal quand ils ne font pas le bien…

Phrase extraite du livre Le Champ de Lynn Mac Taggart

L’art, c’est le reflet que renvoie l’âme humaine éblouie de la splendeur du beau.

Victor Hugo

 

© Catherine Gaillard-Sarron 07.07.13