Écoute –
Quand l’autre n’est plus seul
Texte inédit
Aimer nécessite une ouverture à l’autre, de l’attention, de faire taire en soi son ego, ses propres besoins, ses propres manques pour se mettre à son écoute et accueillir sa vérité.
Quand l’autre n’est plus seul
S’il est vrai qu’écouter l’autre,
c’est le respecter,
alors on ne peut que reconnaître
la difficulté d’une telle attitude.
Attachés à une vision personnelle du monde,
à des principes,
des attentes,
des exigences,
nous donnons,
le plus souvent,
la préférence à nos besoins,
ignorant ceux des autres.
Ce n’est pas vraiment l’amour
qui tient le monde ensemble,
mais les intérêts de chacun —
l’intérêt, une main invisible
qui étend son ombre sur le monde
et maintient la cohérence entre tous.
Aimer nécessite une ouverture à l’autre,
de l’attention,
de faire taire en soi son ego,
ses propres besoins,
ses propres manques
pour se mettre à son écoute
et accueillir sa vérité.
Et l’écoute est exigeante,
elle requiert du temps,
de la patience,
de l’empathie,
de la sensibilité,
du lâcher-prise,
de la présence.
Elle demande de rester aux côtés de l’autre
quand il va mal,
de le soutenir,
de le réconforter
sans chercher à se sauver soi-même.
L’écoute nous met face
à nos propres angoisses,
à nos principes,
à nos failles,
à notre vulnérabilité,
à tout ce que nous ne maîtrisons pas.
Nous voulons aider,
nous croyons aider,
mais nous expliquons,
nous corrigeons.
Nous interrompons.
nous projetons sur l’autre
nos problématiques.
Nous lui parlons,
mais nous ne l’écoutons pas.
Nous cherchons l’amour,
la compassion, le pardon,
l’acceptation de nos fautes
et nous souffrons d’être rejetés
ou mal aimés,
mais nous ne parvenons pas
à offrir ce que nous exigeons des autres.
Nous aimons mal.
Nous écoutons mal.
Notre besoin d’amour
occulte celui des autres.
Alors nous cherchons ailleurs
ce que nous ne savons pas encore nous donner :
une présence qui ne réclame rien.
Certains nomment cela Dieu.
D’autres refusent ce nom.
À chacun son chemin de paix.
Moi, je sais seulement
que lorsque j’écoute vraiment,
quelque chose s’apaise.
Pas parce que tout est résolu,
mais parce que l’autre, enfin,
n’est plus seul.
Et peut-être que cela commence là :
dans ce geste humain,
imparfait,
modeste mais réel —
écouter.
© Texte inédit à paraître dans le recueil Dans le regard de l’autre. 2006/Modifié le 4.4.26
