Casser le moule

Poème inédit

 

Quoi qu’elles fasses elle sont jugées, pour un geste, une parole, une mise, une coiffure, sans fin blâmées pour leurs choix

 

En dépit des avancées

Les femmes ne sont pas libres,

Prisonnières des diktats,

D’injonctions contradictoires,

Elles ne font pas comme elles veulent,

Mais comme veut la société.

 

Qu’importent leurs décisions,

Leurs idées ou leurs actions,

Quoi qu’elles fassent, elles sont jugées,

Pour un geste, une parole,

Une mise, une coiffure,

Sans fin blâmées pour leurs choix.

 

Pour exister dans ce monde

Elles renient jusqu’à leur âme,

S’adaptant, se conformant

Aux prétentions de chacun,

Renforçant les préjugés

Et les liens qui les entravent.

 

Les femmes ne sont pas libres

Et ne font pas ce qu’elles veulent,

On les pousse à enfanter

Puis on les culpabilise

D’être de mauvaises mères,

De n’être plus assez minces ;

 

Face à cette hypocrisie

D’autres ne font plus d’enfants,

Conscientes que quoi qu’elles fassent

Elles seront stigmatisées,

Soumises sans bienveillance

Au feu croisé des critiques.

Les femmes ne sont pas libres

Et ne font pas ce qu’elles veulent,

Qu’elles choisissent d’enfanter,

D’être libre ou d’avorter,

Ne devrait en aucun cas

Concerner la société.

 

Les femmes ont pourtant le choix

De refuser les diktats,

Le droit de vivre leur vie

Sans injonctions imposées,

Mais pour atteindre ce but

Elles doivent s’émanciper,

 

Être confiantes en elles-mêmes,

Fières de leur corps, de leur force ;

Elles doivent se détacher

De l’idéal esthétique

Et défendre avec courage

Leur nature véritable.

 

Les femmes peuvent être libres

De toute pression sociale

En comprenant la genèse

De leur asservissement,

En balayant la censure

Et surtout l’autocensure.

 

En rejetant les attentes

D’un système schizophrène,

Les femmes prendront conscience

D’une évidence ignorée :

Vouloir rentrer dans le moule

Fait de chacune une tarte !

 

 

© Catherine Gaillard-Sarron 23.1.26
Poème à paraître dans La face cachée du monde