Prédateur ordinaire

 

Poème

Si pour toute agression on conseille aux témoins de ne pas intervenir, de ne pas s’interposer, le viol est le seul cas, où, lors d’une agression, on reproche à la femme son inertie forcée.

Prédateur ordinaire

 

Il est contre elle.

Sur elle.

 

 

Il n’a pas d’arme.

Seulement son corps,

Sa violence,

Son désir obscène.

 

Elle est terrorisée.

Sidérée.

Comme dans un mauvais rêve.

Elle ne peut pas crier.

Elle ne peut plus bouger.

Le corps figé.

 

Il parle.

Elle n’entend pas.

Elle est ailleurs.

Réfugiée dans sa tête.

 

Il ahane.

Puis la lâche.

S’enfuit.

 

Prédateur ordinaire

Protégé par la nuit.

Par le silence des autres.

Par la culture du viol.

 

Elle pleure.

De honte.

De douleur.

D’impuissance.

 

À quoi bon porter plainte.

Personne n’a rien vu.

Pas de preuve de refus,

De marques défensives.

La souillure la plus grave

Ne marque que l’esprit.

 

Elle sera questionnée,

Soupçonnée,

Humiliée.

Finalement accusée

D’y avoir survécu.

 

 

Si pour toute agression

On conseille aux témoins

De ne pas intervenir,

De ne pas s’interposer,

Le viol est le seul cas,

Où, lors d’une agression,

On reproche à la femme

Son inertie forcée.

 

 

© Catherine Gaillard-Sarron 5.3.26
Poème à paraître dans La Face cachée du monde, mai 2026