Chroniquement vôtre

Chroniquement vôtre 

 

L’écriture est un exercice spirituel, elle aide à devenir libre.

Jean Rouaud

Vous trouverez sur cette page, des textes inédits, des chroniques, des billets d’humeur et des réflexions diverses sur des thèmes variés.

Qu’est-ce que l’inspiration? Pourquoi faire la fête ? Est-ce mal de faire bien ? Qui, de l’handicapé ou de celui qui le définit, est le plus handicapé ? Est-ce uniquement nos manques qui déterminent ce que nous sommes ? Comment se nourrir de l’autre sans le dévorer, sans l’absorber ? Faut-il avoir peur des OGM et des manipulations génétiques ?

Autant de questions qui m’interpellent et auxquelles “j’essaie” de répondre dans cette rubrique.

Celui qui médite vit dans l’obscurité ; celui qui ne médite pas vit dans l’aveuglement. Nous n’avons que le choix du noir. Victor Hugo

Belle lecture

Dépression

La discipline de la souffrance, de la grande souffrance, ne savez-vous pas que c’est la seule discipline qui, toujours, a permis à l’homme de s’élever?  Nietzche

La dépression est une terre froide, aride, stérile, hostile, sans lumière. C’est un état de tristesse infinie, silencieux, sans joie et sans soleil dans lequel vous errez comme une âme en peine. C’est un tunnel étroit et obscur que la vie vous oblige à emprunter, à passer, sous peine d’y rester ou d’y trépasser. Tout y est noir, glacé. La solitude, inconcevable, y est immense, absolue. C’est extrêmement difficile à vivre, douloureux, incompréhensible. Vous êtes démuni et impuissant face à ce qui vous arrive et face aux autres qui ne le comprennent pas. Vous vivez au ralenti. Vous ne parlez plus, vous ne souriez plus, vous êtes comme un Zombie, absent, vidé de votre énergie vitale. Autour de vous, tout devient moins important, superficiel, tout perd son intérêt, comme si vivre se résumait à survivre. Coupé des autres, du monde, enfermé en vous-même comme dans une chrysalide, le temps se distord. Le film de votre vie ne se déroule plus, comme un arrêt sur image. Figé, emprisonné dans un présent qui semble s’éterniser, vous errez à la recherche de vous-même: cette bulle fragile que vous représentiez et qui vient d’éclater. Quête dérisoire mais nécessaire qui vous oblige à explorer les coins et les recoins de votre conscience afin de comprendre ce qui vous arrive.  

Au cours de cette décantation, de cette décomposition terrible et silencieuse de tout votre être, vous évoluez, cependant. Des changements s’opèrent en vous, modifient votre comportement, vos pensées. Mais nul ne mesure votre métamorphose. Personne ne peut imaginer ce que vous vivez, ce que vous éprouvez. Votre corps est là, cuirasse qui vous protège du monde et des autres mais, comme une étoile effondrée sur elle-même, vous n’êtes plus qu’un trou noir où disparaissent la joie et la lumière. En latence, oublié de tous, terriblement seul, vous poursuivez votre immersion dans les profondeurs de votre âme, descendant toujours plus profondément dans vos abysses intérieurs à la recherche des ces morceaux éclatés de vous-même. Et lentement, hors de tout regard, hors de tout jugement, vous vous retrouvez, vous vous recentrez, vous vous ancrez à cette Présence que avez rencontrée au fond de votre trou sans bord et sans fond et vous remontez, par paliers, vers la lumière et la vie…

Quand malgré la souffrance du corps vous ne voulez pas entendre ce que vous crie vôtre âme, la vie se débrouille et empreinte des chemins de traverse pour vous avertir que vous êtes en danger. La dépression est peut-être, paradoxalement, une ultime réaction qui vise à vous protéger, une stratégie générée par votre psychisme pour vous faire entendre raison et vous faire comprendre que vous vous êtes perdu dans le désir des autres. À cette occasion vous ne pouvez plus refuser la remise en question puisque, effectivement, il en va de votre survie. Mais bien sur, tout ce processus apparaît comme libérateur et enrichissant une fois seulement l’épreuve dépassée.

Pour pouvoir vous en sortir, vous devez absolument en reconnaître les signaux et accepter cette pause brutale que la vie vous impose. Vous devez admettre votre fragilité, vos limites, vos blessures, vos fêlures, votre finitude, autant de failles par lesquelles la lumière viendra vous éclairer. Vous devez prendre conscience de vos émotions, de ce que vous attendez de l’existence, de vous, des autres. De toutes les façons possibles vous devez exprimer votre ressenti. Vous devez affronter vos angoisses, tout mettre à plat, analyser, comprendre, découvrir vos besoins, vos désirs, pardonner, vous pardonner, créer et enfin, oser vivre…

Il faut cesser de rêver sa vie et la vivre, quelle qu’elle soit, car il n’y a rien, rien de plus précieux que la vie !

© Catherine Gaillard-sarron 1997

Handicaps-relations

Il ne voit pas… ou ne peut pas entendre. Il ne peut pas parler… ou tendre la main qu’il n’a pas. Il ne peut marcher, courir…ou simplement se tenir debout. Il pense le monde autrement quand le monde le pense autre. Aveugle, muet, sourd, difforme, emprisonné dans un corps différent, disgracieux ou déficient, « Il » est handicapé. Parfois il est né ainsi, quelquefois c’est la maladie ou un accident. Il ne ressemble pas ou plus aux autres et ce sont « les autres » qui le lui rappellent constamment. Les autres qui, par leurs regards apitoyés, condescendants, méprisants, ou indifférents l’informent, le sculptent et le figent dans sa différence.

Et pourtant qui, de l’handicapé ou de celui qui le définit, est le plus handicapé ? Est-ce uniquement nos manques qui déterminent ce que nous sommes ? Et si oui, qui peut se dire entier et complet ? Qui peut se dire « normal » quand la norme n’est qu’un critère, un principe établit en conformité avec des règles et des jugements qui fluctuent et varient selon les époques et les sociétés ? Le handicapé, au contraire de la personne qui se cache derrière sa « normalité », avance sans masque. Il ne peut dissimuler ses défauts ou ses carences et qu’il le veuille ou non, s’expose ainsi continuellement au regard de celui qui l’évalue. Mais l’exposition de ses faiblesses, aussi pénible et difficile soit-elle, le hausse au-delà de son juge car, en définitive, habitué à supporter le regard de la société sur lui, il finit par développer puis acquérir une force intérieure qui lui permet de s’aventurer là où l’autre, « le normal », ne s’aventurera peut-être jamais, car non contraint de s’y engager.  La seule différence entre le handicapé et celui qui ne l’est pas est la visibilité du handicap ou du manque. Et qui nous dit, avec la montée en puissance du génie génétique et la réactivation à travers lui d’une nouvelle forme déguisée d’eugénisme, que les secrets tapis dans les gènes des gens apparemment normaux ne les condamneront pas demain au même ostracisme, à la même exclusion ?

De fait, rien ne peut dispenser de cette cruelle expérience de la différence pour avancer dans la connaissance de soi et des autres. Et croire que la personne, « dite normale », peut faire l’économie de cette acquisition singulière est une illusion. En réalité nous sommes tous différents et nous avons tous des manques, nous sommes donc tous des handicapés. Et contre toute attente, c’est le manque qui nous fait évoluer et nous permet de nous dépasser. Le manque pousse à l’innovation, à la créativité, à la recherche de solution. Manquer c’est donc inventer, c’est découvrir, c’est compenser, c’est aller vers autre chose ; c’est chercher autrement ce qui manque !

Être handicapé c’est donc réinventer sa vie dans un monde qui rejette la différence mais qui, paradoxalement en est le véritable ferment. Ainsi, étrangement, grâce à ce cheminement intérieur, c’est celui « à qui il manque » qui se révèle souvent le plus entier alors que celui qui semble entier se révèle le plus souvent par ses manques. Évoluer c’est donc admettre ses manques ou ses handicaps et c’est admettre également tous ceux des autres. C’est oser les montrer et oser s’y confronter sans en concevoir aucune honte. C’est enfin accepter la différence comme la marque de l’imperfection humaine.

Évoluer c’est aussi arrêter son regard, non sur ce qui n’est pas, mais sur ce qui est : « l’Autre » tout simplement ! Semblable mais pourtant différent, pareillement digne et pareillement égal, car, que savons-nous de ce qui nous attend ? Et ne pas changer aujourd’hui notre regard sur ce qui nous semble différent, c’est valider tout ce qui pourrait nous exclure demain.

 © Catherine Gaillard-Sarron 17.03.04

Voir ou ne pas voir?

Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais tel que nous sommes. Kant

Les gens croient que ce qu’ils pensent est juste et vrai, et selon leur point de vue cela est juste et vrai. Mais ce qu’ils pensent passe à travers le filtre de leurs émotions et cela modifie la perception qu’ils en ont. Impliqués émotionnellement dans ce qu’ils pensent, ils ne sont pas capables d’une réelle objectivité. Ils projettent sur l’autre leurs émotions, leurs schémas, leurs façons de voir les choses. Ce qu’ils voient n’est pas la réalité. Il y a une sorte de distorsion de la réalité. Une distorsion de la perception. Ce qu’ils perçoivent est réel mais ce n’est pas la vérité. 

La vraie réalité des choses n’existe pas. Ou alors elle existe mais personne ne sait la voir vraiment car, tous, nous la percevons d’une manière différente. D’une certaine façon, chacun de nous est un monde à part entière : avec sa topographie, son environnement particulier, ses codes, ses lois, ses idées, son langage etc.

Au bout du compte, sans s’en être vraiment conscient, nous nous mentons constamment, et nous mentons également aux autres. Et si nous nous mentons et que nous mentons aux autres, c’est parce que nous avons peur de la réalité. Nous avons peur de la voir telle qu’elle est et, plus que tout, nous avons peur de nous voir tels que nous sommes. Alors, pour supporter ce que nous ne pouvons accepter de voir, nous travestissons la réalité et recourons aux faux-semblants. Nous la recouvrons des oripeaux de la mauvaise foi, nous l’habillons des haillons du mensonge. Nous sommes des voyants non-voyants et nos lunettes sont plus noires que celle des aveugles. 

Tous, nous nous voyons différents de ce que les autres voient…. et pourtant ce que les autres voient existe aussi ?

Alors, quelle est la réalité ? Et qu’est-ce qui est vrai ? Ce que l’on voit ou ce que l’on pense voir ? Ce qui est ou ce que l’on croit être ? Ce que l’on croit voir et qui pourtant n’est pas ?

Voir vrai, c’est peut-être renoncer à ses émotions. C’est déshabiller son regard de tout sentiment intérieur. C’est aller vers les choses qui nous sont données à voir le regard nu et vierge de tout préjugé. C’est poser son regard sur chaque chose comme si c’était la première fois qu’on la voyait. C’est ouvrir ses yeux et regarder le monde tel qu’il est. C’est enfin apprendre à voir ce qui est et seulement ce qui est.

© Catherine Gaillard-Sarron 03.02.04

Du rien au tout

Quand je suis partie arpenter les chemins, mon cœur était plein… plein de choses inutiles. Et il sonnait creux… creux du vide qui l’habitait. Il était lourd dans ma poitrine et pesait sur chacun de mes pas, laissant dans la terre molle l’empreinte de son poids.

Puis, tout en marchant, j’ai respiré le vent, j’en ai humé les odeurs. J’ai entendu le murmure de l’eau et des feuilles qui frémissaient sous la brise. J’ai regardé le paysage qui étincelait sur l’horizon et les oiseaux qui le traversaient d’un trait d’argent. J’ai contemplé les nuages qui jouaient avec le soleil et la lune opalescente accrochée aux montagnes. Tous les sens en éveil j’ai levé les yeux vers le ciel et mon regard s’est élargi à son immensité. Parcourue d’un souffle inconnu, mon âme, tel un oriflamme, s’est déployé dans l’espace et mon cœur s’est ouvert. Il s’est ouvert en grand et le vide qui l’habitait a soudain disparu.

Alors je l’ai rempli à ras bord de soleil, de senteurs et de vent. Je l’ai rempli de tout ce que je respirais autour de moi dans la nature ; rempli comme un ballon de tout ce que je voyais, entendais, percevais et ressentais, l’allégeant de tout ce qui obstruait ma pensée, de tout ce qui me faisait mal… de tout ce qui m’encombrait.

Je l’ai empli de Présence et de silence, évacuant le tumulte et la solitude. Empli de paix et de sérénité, chassant la frénésie et la vacuité du monde. Je l’ai empli de l’indicible et du subtil qui imprègnent toute chose.

J’ai regardé et j’ai vu tout ce qui échappait aux hommes.

J’ai vidé mon cœur de son rien pour le remplir du Tout.

Un instant, j’ai goûté à la félicité et j’ai été touchée

Texte publié dans le recueil Extrêmes Limites 2007

Reflet divin

Il y a une étoile, mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreur de viennent jamais la ternir. Christian Bobin dans Ressuscité

Parce que je crois que la vie, que ma vie à un sens, qu’il existe quelque chose ailleurs, qu’une entité existe, supérieure et immanente au-dessus des humains, me vient une idée qu’il me plairait de voir devenir vraie !

Si je pars du principe que Dieu n’existe pas, alors ma vie ne peut qu’avoir un sens terrestre avec la finitude et la mort qui lui est rattachée, mais si je crois en Dieu, alors le ciel, l’univers entier me sont ouverts et je peux espérer, d’une manière ou d’une autre, m’y dissoudre, m’y perdre peut-être, mais, qui sait ? Peut-être aussi m’y régénérer voire y ressusciter un jour !

Mon hypothèse est la suivante : Ce que nous sommes sur la terre ne serait que le reflet de nous-mêmes ; notre vrai moi, notre vrai être serait auprès de Dieu (on postule qu’Il existe). Prés de lui, notre véritable nature, sans frein ou inhibition aurait eu tout loisir de se développer harmonieusement tandis que sur la terre, soumise, manipulée, contrainte à la vie, elle ne se développerait pas bien et ne représenterait donc que le pâle reflet de ce que nous serions réellement. Mais cette étape terrestre serait nécessaire pour mesurer à sa juste valeur le bonheur que nous retrouverons à notre mort.

Nous avons le sentiment du beau, de l’amour, de la justice et de la compassion en nous parce que tout cela existe déjà en nous, accordé par Dieu. Sur la terre notre reflet s’en souvient, bien que cela soit profondément enfoui et ne resurgisse qu’à certains instants, particuliers et rares. Toutes ces choses seraient un héritage de Dieu qui nous les rappellerait à travers la conscience dont Il nous a dotés.

Si une âme est consciente et qu’elle croit en Dieu, plus qu’une autre elle cherchera, par tous les moyens, à aller vers cette perfection divine qu’elle pressent.

Quand le reflet humain meurt, l’âme se retrouve telle qu’elle a toujours été, vierge de l’empreinte des hommes ; et c’est la révélation et la renaissance merveilleuse. Naître enfin à soi-même !

Car nous avons le choix, le libre arbitre, et chacun peut choisir d’aller vers ce qu’il pressent en ouvrant totalement son cœur et son âme à Dieu. Alors comme une porte qui apparaîtrait de façon magique, quelque chose s’ouvre en nous ; une réaction mystérieuse se produit et réactive ce qui existait déjà mais était en veilleuse, en attente. Dès lors une attraction irrésistible s’opère et mène inexorablement l’individu vers «  L’Aimant Central », Dieu,  qui par son amour crée l’attraction nécessaire à la réunion du reflet et de la vraie personne.

Notre ombre dans la lumière nous rappelle peut-être que nous ne sommes qu’un reflet…

© Catherine Gaillard 22.6.02

MST Maladies socialement transmissibles

Et si dans un avenir proche le chômage était assimilé à une maladie contagieuse ?

En dépit des progrès de la médecine et de l’éradication de certaines pathologies infectieuses, de nouvelles maladies voient sans cesse le jour, générées par l’homme et ses agissements directs ou indirects sur son environnement. Il en est une, particulièrement, qui sévit depuis quelques temps et se développe de façon alarmante. Issue de la conjoncture économique, de la mondioglobalisation, du progrès technologique et scientifique et surtout, de l’avidité gloutonne et cupide des grands trusts actuels, ce chancre du profit, propagé par de multiples fusions, ronge et détruit le fondement même de notre société. Cette nouvelle maladie, dénommée « chômage » vient gonfler le fléau des MST (maladies socialement transmissibles) et jouit aujourd’hui d’un terrain absolument idéal à sa propagation et à sa dissémination.

Véritablement contagieux, le « chômage » contamine des régions entières et touche indistinctement hommes ou femmes dans la force de l’âge et dans la tranche active de la population. Par ses vagues successives, il attaque de manière irréversible le système immunitaire de toute une population et met en péril le fragile équilibre qui maintenait une cohésion sociale.

Les atteintes se manifestent de plusieurs façons et graduellement. Au début de la maladie, des pathologies diverses, aussi bien physiques que psychiques se développent de manière anarchique alors même que l’organisme était sain au préalable. Il est urgent d’intervenir au plus tôt pour tenter de combattre l’infection car si aucun traitement n’est entrepris pour soigner et soulager le malade, ce dernier tombe rapidement dans une sorte de prostration et de dépression avec forts risques de dépendances diverses voire de suicide ou d’automutilation. À contrario, l’atteinte peut également se manifester par de la violence et un puissant désir d’autodestruction qui peut conduire à de la délinquance voire à la criminalité.

Dans tous les cas le malade est dangereux : pour lui-même ou pour la société ! En outre, cet état maladif génère une forte propension à la paupérisation et gangrène de façon dramatique le tissu du corps social et économique de la région où sévit la maladie.

Actuellement, seuls les enfants semblent être épargnés par le fléau. Néanmoins, les conséquences désastreuses de l’infection qui touche les parents précarisent déjà la progéniture de ces derniers. Si rien ne vient endiguer le processus, il est probable que la contamination touchera également les enfants, favorisant dès lors l’apparition de nouveaux foyers, voire une résistance à la maladie ou pis, l’émergence de nouvelles souches.

Cette affection, qui prend de plus en plus la forme d’une épidémie voire d’une pandémie pourrait, si rien n’est fait pour l’enrayer, pousser les autorités à prendre des mesures sanitaires extrêmes comme la quarantaine et à exclure des villes toute les populations contaminées.

Les questions sont alors posées !

Existe-t-il vraiment, dans notre société déclinante et à l’individualisme forcené, une volonté véritable de rechercher et d’apporter des solutions concrètes à cette calamité actuelle ?

Car il faut le reconnaître, de plus en plus considéré comme un pestiféré par une communauté qui le rejette et se désolidarise de sa souffrance, le chômeur est devenu la victime propitiatoire d’une économie boulimique et vampirique. Directement contaminé par les manipulations de pseudos scientifiques analystéconofinanciers avides de pouvoir et d’argent, il paie de sa chair et de sa vie le désir de puissance absolue des plus grands. Véritable sacrifice vivant offert au dieu Profit !

Rendu dorénavant obsolète et inutile par la progression et l’expansion fulgurante des technologies du futur : informatique, génétique, robotique, biotechnologie, nanotechnologie, sciences cognitives, etc., ce chômeurisé erre dans un univers où il n’a plus sa place, devenu, paradoxalement, une sorte de toxine secrétée par un système nommé ultralibéralisme qui cherche à présent à l’éliminer pour devenir encore plus efficace et rentable.

Et si des crédits sont débloqués, le seront-ils dans l’investissement d’un remède au chômage, ou plutôt dans l’élaboration d’un contrepoison afin d’accélérer le processus de désinfection déjà en cours ?

En attendant, est-il juste d’entasser et de parquer les chômeurs dans des mouroirs à la périphérie des villes alors que les vecteurs principaux de la maladie ne cessent de se développer avec toujours plus de virulence et d’impunité ?

© Catherine Gaillard-Sarron 1998

Écoute

S’il est vrai qu’écouter l’autre c’est le respecter, alors personne ne respecte personne, car personne n’écoute personne !

Enfermés en nous-mêmes, attachés à notre vision du monde, nos principes, nos attentes, nos exigences, nous ne nous intéressons à l’autre qu’en fonction de nos besoins ou de nos intérêts. Nous sommes égoïstes et ce sont les intérêts des uns et des autres qui tiennent le monde ensemble, pas l’amour.

Nous utilisons l’autre, quel qui soit, nous le manipulons, nous le séduisons, nous le soudoyons, nous l’exploitons mais nous ne l’aimons pas. Pour aimer, il faut être à l’écoute. Il faut de la confiance et du respect. Mais qui écoutons-nous le plus souvent ? L’autre ou nous ? Qui aimons-nous véritablement ? L’autre ou nous ?

Nous voulons que l’autre comble nos manques, qu’il nous apporte ce qui nous fait défaut. Mais l’autre est comme nous et il cherche les mêmes choses que nous, il agit donc de la même manière que nous, d’où le chaos du monde.

Tous nous cherchons l’amour, l’attention et la compassion des autres. Tous nous attendons le pardon pour nos fautes et l’acceptation de nos défauts. Tous nous souffrons de n’être pas suffisamment aimés ou rejetés. Pourtant, la plupart du temps, nous nous révélons incapables d’offrir cette générosité, cette mansuétude ou cette bienveillance que nous exigeons des autres.

La vérité est que nous cherchons tous un amour qu’aucun de nous n’est vraiment capable de donner.

Nous ne savons pas aimer car pour aimer il faut être à l’écoute, non pas de ses besoins mais de ceux de l’autre. Et la majorité d’entre nous en est incapable car exclusivement centré sur lui-même et à l’écoute de ses propres besoins. C’est pourquoi l’homme n’a d’autre ressource que de se tourner vers Dieu. Il en a besoin.

Les hommes étant incapables d’amour, Dieu a donc bien sa raison d’exister puisqu’Il est le seul à pouvoir leur en donner et à les aimer tous sans condition...

  © Catherine Gaillard-Sarron 22.06.02

“Infemmie” ou “Ignhominie”

La femme contient le problème social et le mystère humain. Elle semble la grande faiblesse, elle est la grande force. 

Victor Hugo Extrait du Actes et paroles

Servantes, serveuses, boniches, domestiques ou femmes de chambre, nurses, bonnes, gouvernantes, employées de maison ! Quelle différence quand les hommes pleins d’arrogance et de mépris les prennent toutes pour des putains !

Femmes de ménage, femmes de bureau ! c’est du pareil au même. D’un coin du monde à l’autre partout le même topo ! Une femme ici vaut une femme là mais elle vaut moins qu’un homme même si c’est un vaurien.

Est-ce à dire qu’à leurs yeux une femme vaut moins ? Qu’à leur donner la vie fait d’elles des putains ?

Coiffeuses ou pédicures, esthéticiennes, cuisinières, mères de famille, diététiciennes, aides-soignantes ou infirmières, sages-femmes, puéricultrices, mannequins, tops, courtisanes, masseuses, danseuses, prostituées, strip-teaseuses et même religieuses !

Elles s’occupent des corps, des hommes et des enfants, des malades et des vieux, des humeurs et des poils, des fèces et de la crasse, de ces choses infamantes qui dégoûtent les hommes.

Vendeuses ou couturières, agricultrices, vigneronnes, commerçantes, maraichères, boulangères, bouchères ou concierges, opératrices, institutrices, artisanes, policières, chauffeuses, ramoneuses, secrétaires, journalistes ou conseillères, employées de banque, de commerce, cheffes d’entreprises, architectes ou médecins, comédiennes, chanteuses, danseuses, artistes en tous genres !

Elles ne sont qu’ouvrières, blanchisseuses du monde, abeilles laborieuses se tuant à l’ouvrage, cantonnées aux corvées et aux basses besognes, aux niveaux inférieurs de l’échelle sociale.

Et ne parlez pas d’ingénieures, de professeures ou d’écrivaines ! Et encore moins de proviseures, préfètes, docteures ou Chevalières ! On leur concède magistrates, juges, banquières ou avocates, mais pas auteures ou procureures, ni brigadières ou commandantes, à peine tolère-t-on bâtonnières et en aucun cas la ministre !

Dans tous ces métiers masculins qu’elles invertissent avec brio, des hommes imbus de leur pourvoir et inquiets de leur progression, leur reprochent avec virulence cette orthographe iconoclaste. Sous couvert de langue française ils protègent leurs territoires abusant de ces « Droits de l’homme » qu’ils accordent si peu aux femmes leur déniant la reconnaissance qui ferait d’elles des égales.

Il semble qu’à leurs yeux une femme vaut moins  et qu’ils préfèrent encore qu’elles restent des putains !

Devant cette inique infemmie,  je rêve d’un monde épicène où chacun quelque soit son sexe pourrait y vivre et s’épanouir. Je rêve d’un monde plus juste, débarrassé de ces clivages qui tout en desservant les femmes empoisonnent le monde entier ;  d’un monde où les êtres enfin libres du poids de ces déterminismes verraient enfin cette évidence qu’il n’y a qu’un seul genre humain.

Mais domestiques ou femmes de chambre, serveuses, sportives ou présidentes ! C’est du pareil au même, d’un coin du monde à l’autre partout le même topo !

Femmes de bureau, femmes de ménage, quelle différence quand les hommes les traitent toutes comme des putains ?

  © Catherine Gaillard-Sarron 1.6.11

Garde-fous

« On peut se battre contre l’invasion d’une armée mais pas contre une idée dont le moment est venu ! » Victor Hugo.

Il transgresse les principes et les lois millénaires, mélange, transforme, transmute la matière, la redéfinit, la reconstruit, la trahit !

Le transgénéticien traque, séquence, brade et manipule à l’envi nos origines et notre patrimoine. A l’infini il combine et recombine, recompose et s’approprie ce qui appartient à tous. Il dépossède l’humain de son humanité, réduit le vivant à une valeur marchande et au profit. Il remet en question l’essence même de l’homme – le profane – lui vole sa mémoire, ses pensées et sa conscience le ravalant dans cette nouvelle société, à un produit de consommation en série.

En son nom et celui du progrès, on dépouille, spolie et pille les pays de leurs richesses et de leurs diversités, brevetant à tour de bras tout ce qui vit ; matière première par excellence des sorciers de demain.

Inconscient ou indifférent à ce qu’impliquent ses recherches, le transgénéticien clone, duplique et réplique avec exaltation. Il modifie, désorganise, efface de manière irréversible la mémoire du vivant et de la nature, tuant la diversité, brisant l’harmonie, semant le chaos, pervertissant et dénaturant par ces actions l’ordre et l’âme du monde.

Le monde de demain est aux mains d’apprentis sorciers qui jouent sans gêne avec les gènes de la vie. Bouleversant le monde ils veulent changer la donne, créer de leurs mains un nouvel homme, une nouvelle race, de nouvelles espèces. Ils veulent jouer à Dieu, « fabriquer » du vivant !

Dans ce monde où les nouvelles limites sont celles de l’imagination, où les frontières physiques et biologiques n’existent plus, où les seules lois sont celles du marché et du fric, où les croyances et l’espérance auront disparu, que deviendront les hommes ?

Soumise à la folie démesurée des scientifiques, nouveaux dieux modernes de la civilisation « High Tech », l’humanité devient matière première biologique, matière à créations, à actions, otage d’une dérive mercantile et industrielle qui réinvente et façonne la vie en laboratoire.

Après avoir volé à l’homme sa liberté, son intelligence, sa mémoire, ses pensées et sa conscience, on le dépossède à présent de ses cellules et de ses gènes. On le déconstruit, on le reprogramme, on le recrée, on le fait disparaître !

L’homme moderne a mis en marche sa propre disparition, le monde de demain ne lui appartiendra plus. Etranger sur sa propre planète avec pour seuls dieux, les machines, les chimères et les monstres qu’il aura lui-même créés, l’homme aura cessé d’être un homme !

Il avait été créé à la ressemblance de Dieu, il veut aujourd’hui créer des créatures à sa ressemblance.

Changer ou disparaître ?

Dans un monde où Dieu n’existe plus qui pourra nous garder des fous ?

« Science sans conscience n ‘est que ruine de l’âme !» Rabelais

« Et si l’aventure humaine devait échouer… » Théodore Monod

  © Catherine Gaillard-Sarron 2003