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D É L I T   D E   F U I T E

Quatrième de couverture

Il se passera encore du temps avant que la justice des hommes ait fait sa jonction avec la justice. Victor Hugo

Novembre 2001. Agnès Denver traverse la route et se fait faucher par une voiture qui disparaît dans la nuit. Accident de la circulation avec délit de fuite ou acte prémédité ?

Sur la base d’un unique témoignage, le commissaire Henry Baud, grand amateur de puzzles, mène l’enquête.

Une affaire sordide qui nous entraîne sur la piste d’un monstre ordinaire, effrayant de banalité, et nous renvoie à nos propres fêlures et à notre solitude. Des personnages criants de vérité pour une intrigue réaliste au dénouement inattendu.

Certains hommes, législateurs, juges, philosophes, honnêtes gens, disent : nous marchons dans la justice.

Oui, comme les voleurs dans le grand chemin

Victor Hugo

2016 - 204 pages

« En fait, se dit Henry, songeur, si Anny Belmont ne s’était pas précisément trouvée à cet endroit, hier soir, il n’y aurait tout simplement pas d’affaire. Certes, tout aurait été mis en œuvre pour retrouver le chauffard en fuite mais, sans son précieux témoignage, on aurait probablement conclu à un tragique accident de la circulation. »

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Extraits du roman policier Délit de fuite

 

 Mardi 13.11.2001 - 21h  

Mercredi 14.11- 7h30

 

Mercredi 14.11 - 13h30

 

Lundi 19.11 - 8h

 

MARDI 13 NOVEMBRE 2001 - 21H

 
Extrait

Anny marche d’un pas pressé. Il est près de 21 heures. En vue du bouclement de fin d’année elle a passé toute la journée à réviser les comptes de son patron. Elle est exténuée. Dehors il fait froid et la nuit est tombée depuis longtemps. Novembre est vraiment la période de l’année qu’elle apprécie le moins. Anny relève le col de son manteau pour se protéger de la pluie : une brouillasse mêlée de neige qui descend sans discontinuer depuis le matin et la glace jusqu’aux os. Dans de tels moments, elle regrette presque d’avoir remisé sa voiture. Elle habite à quelques rues de là et, par commodité, renonce à l’utiliser la semaine. Habituellement, cela ne la dérange pas de faire le chemin à pied ; tout en évitant la galère quotidienne du parcage cela lui permet même de garder la ligne. Mais ce soir, après la journée particulièrement pénible et harassante qu’elle vient de vivre, Anny se sent abattue et la distance à parcourir sous la pluie et dans le froid la rebute au plus haut point. La rue est déserte, à l’exception d’une passante qui marche devant elle d’un pas aussi rapide que le sien, un sac à la main. Les réverbères projettent leur lumière blafarde sur la route détrempée et le quartier lui paraît lugubre sous cette clarté artificielle. Anny frissonne, la faim sans doute. Il lui tarde d’arriver chez elle et de se reposer enfin. Elle se voit déjà dans un bon bain chaud aux senteurs de lavande lorsqu’une voiture démarre en trombe derrière elle.

Plusieurs mètres devant elle, la passante s’engage sur le passage pour piétons. Anny entend nettement le véhicule accélérer dans son dos. Puis elle aperçoit le bolide la dépasser à toute allure et se diriger délibérément sur la femme qui, alertée par le bruit, se retourne d’un bloc en hurlant.

Tout se déroule alors terriblement vite. Sidérée, Anny voit l’automobile foncer sur la femme, capte l’éclair de son regard étonné et horrifié quand la voiture la fauche de plein fouet. En écho au bruit obscène des chairs heurtant la tôle se superpose le cri interminable de la malheureuse qui se répercute dans la nuit et lui vrille les tympans. Comme au ralenti, elle entrevoit, désarticulé par la violence du choc, le corps s’élever au-dessus du véhicule et tournoyer dans les airs. Puis elle perçoit le son sourd et mat lorsque ce dernier retombe lourdement s’écraser sur la chaussée mouillée ; un bruit horrible d’éclatement et de gargouillement.

Feux éteints, la voiture disparaît au bout de la rue.

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MERCREDI 14 NOVEMBRE - 7H30

 

Extrait

Assis à son bureau où s’entassent des piles de documents en attente, le commissaire Henry Baud compulse le dossier que l’on vient de lui remettre. Agnès Denver étant décédée dans l’ambulance durant son trajet à l’hôpital, une enquête judiciaire a été ouverte et c’est lui qui a été chargé de l’affaire. Grand, imposant, la cinquantaine robuste et légèrement grisonnante, Henry Baud est un vieux de la vieille qui ne s’en laisse pas compter. Entré à la police judiciaire à l’âge de 26 ans, il a perfectionné son expérience dans divers commissariats de Romandie et totalise, à ce jour, le même nombre d’années de service à son actif. Après avoir patiemment gravi les échelons, il est aujourd’hui commissaire et travaille depuis cinq ans à la brigade criminelle d’une agglomération de l’Arc lémanique.

Discret, intègre, doué d’une autorité naturelle et passionné par son métier, Henry Baud est un homme fiable, responsable et profondément humain. En dépit d’une allure nonchalante, il se dégage de sa personne une impression de force et de solidité qui intimide autant qu’elle charme. Son visage, aux traits réguliers, affiche un air tranquille, mais trompeur ; cette apparente bonhomie étant démentie par un regard bleu acier si aigu et pénétrant qu’il vous dissèque aussi vite et bien que le scalpel du légiste. Empathique et doté d’une intelligence vive, il est également déterminé et sa volonté peut être inflexible. Réputé pour sa patience – il excelle dans la réalisation de puzzles de dix mille pièces – il est également opiniâtre et pugnace. Ses collègues de la brigade ont d’ailleurs fini par le surnommer commissaire Dix mille pièces. Henry ne lâche jamais une enquête et sa redoutable perspicacité, alliée à sa remarquable persévérance, lui ont, jusqu’à présent, permis de les résoudre presque toutes, même les plus insolites ! C’est donc à lui, tout naturellement, que Rapon, son supérieur hiérarchique, a confié cet étrange dossier.

 

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MERCREDI 14 NOVEMBRE - 13H30

 

Extrait

Les parents d’Agnès Denver étant domiciliés sur les hauts de la ville, il se met en route vers 13 h 30. Ces derniers habitent une villa cossue dans un quartier résidentiel. C’est madame Denver qui lui ouvre la porte quand il appuie sur la sonnette à 14 heures précises.

— Bonjour, madame Denver, commissaire Henry Baud de la brigade criminelle, dit-il en montrant sa carte. Me permettez-vous d’entrer, je souhaiterais vous poser quelques questions ainsi qu’à votre mari.

— Oui, naturellement, dit-elle en s’effaçant devant lui. Je vous en prie, entrez, commissaire.

Madame Denver referme la porte et le précède dans le couloir. Malgré ses yeux rougis et la tristesse qui ravage son visage, il reconnaît bien, dans cette élégante femme blonde, la personne représentée sur la photo trouvée dans le sac à main de sa fille. Sanglé dans une discipline toute militaire, le mari l’attend au salon, droit comme un « I ». En dépit de leurs efforts pour conserver un semblant de dignité en sa présence, Henry le sent et le voit, ces deux êtres sont brisés, atteints en plein cœur par la mort tragique de leur unique enfant. Il ne peut s’empêcher de penser à son fils et cela accentue encore sa compassion pour le couple.

Henry s’approche de monsieur Denver et en profite pour lui présenter, ainsi qu’à son épouse, ses sincères condoléances.

— Merci commissaire, dit sobrement ce dernier. Mais je vous en prie, asseyez-vous, dit-il en lui désignant le sofa confortable.

Henry s’assied et sort son stylo et son calepin. Madame Denver lui propose un café qu’il refuse poliment.

— Tout d’abord, commence-t-il, sachez que je suis profondément désolé pour ce qui est arrivé à votre fille et que je compatis sincèrement à votre chagrin. J’ai moi-même un fils de l’âge de votre défunte fille.

Il se tait une minute, comme pour honorer la mémoire d’Agnès Denver, puis reprend :

— Hier soir, la police vous a avertis de l’accident et vous a demandé de venir reconnaître le corps à la morgue. Je sais que ce sont des moments difficiles pour vous et que vous souhaitez aussi que l’ensevelissement ait lieu le plus vite possible…

— On nous a dit qu’une enquête était ouverte, l’interrompt soudain monsieur Denver d’une voix tremblante, comme pour cacher son trouble. Pour quelle raison ?

— Effectivement, une enquête a été ouverte, dit calmement Henry. Grâce à un témoin qui était présent sur les lieux, nous savons désormais que cette tragédie n’est pas accidentelle mais criminelle. Nous avons encore peu d’indices à notre disposition mais le témoin est formel : la voiture qui a fauché votre fille l’a fait délibérément. D’où ma première question : quelqu’un voulait-il du mal à Agnès ?

Comme choqués par cette nouvelle inattendue, les Denver semblent soudain frappés de mutisme.

Le commissaire reformule doucement sa question :

— Votre fille avait-elle des ennemis ? Peut-être s’était-elle querellée avec quelqu’un. Avez-vous remarqué quelque chose de particulier, d’anormal, ces derniers temps ? Un changement de comportement, d’humeur ? Essayez de vous souvenir. Tout a son importance.

Monsieur Denver, qui s’est ressaisi, répond d’une voix blanche :

— Non, non ! Rien de tout cela. Agnès était une jeune femme tout ce qui y a de plus normal. Elle donnait même gratuitement des cours à des immigrés. Elle s’investissait également beaucoup dans l’école où elle enseignait. Elle avait des amis qui l’aimaient, des collègues qui la respectaient. Non, je ne vois vraiment pas qui aurait pu lui vouloir du mal.

La voix éplorée de madame Denver s’élève soudain dans le salon :

— Notre fille, notre petite fille assassinée ! Comment est-ce possible ? Comment une telle chose a-t-elle pu arriver ? Et pourquoi ? Et par qui ? Oh mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi ? Agnès allait si bien. Elle avait quitté la maison il y a trois mois pour avoir plus d’indépendance et cela faisait longtemps que je ne l’avais vue aussi gaie. Elle s’était fiancée il y a quelques mois à un gentil garçon, actuellement à l’étranger, et il devait prochainement emménager avec elle dans le petit appartement qu’elle avait loué. Oh seigneur ! Seigneur ! Ma petite fille. Je ne comprends pas. Je ne comprends rien, gémit soudain madame Denver qui se met à sangloter en cachant son visage dans ses mains.

Son mari lui entoure aussitôt les épaules d’un bras protecteur et appuie doucement son front contre le sien. Il ne parle pas mais lui prend doucement la main qu’il serre dans la sienne. Leur souffrance lui fait mal et Henry détourne pudiquement les yeux. Il fixe son attention sur la pièce meublée avec goût. Partout, des portraits de cette fille aimée et maintenant disparue. Il reporte son regard vers le couple. Dieu qu’il n’aime pas cet aspect de son métier.

 

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LUNDI 19 NOVEMBRE 2001- 8H

 

Extrait

Il a plu tout le dimanche et la neige n’est plus qu’un souvenir lorsque Henry revient au commissariat, ce lundi matin. Groupés autour de la machine à café, ses collègues sont déjà là et commentent avec animation la mort tragique de quatre autres reporters tués dans une embuscade en Afghanistan.

— Bonjour tout le monde, dit-il en se tirant un café.

Lui aussi a entendu l’info à la radio en venant au travail.

— Vous vous rendez compte, commissaire, cela en fait sept en huit jours ! s’indigne Maraud.

Henry écrase brusquement le gobelet en carton qu’il tient dans sa main.

— Oui, je me rends compte, Maraud, dit-il d’une voix grave. Et si on ajoute à ça les récentes manifestations de policiers français, on ne peut que constater qu’il devient de plus en plus difficile et dangereux, de nos jours, d’exercer les métiers de journalistes et de policiers.

D’un geste précis, il balance le gobelet réduit en boule dans la poubelle et poursuit :

— Il faut arrêter de tirer sur l’ambulance ! En ces temps troublés, nous avons plus que jamais besoin de ces gardiens de la vérité et de la sécurité !

— Ah ! ça c’est bien dit ! s’exclame Brissard.

Henry sourit devant la spontanéité du jeune inspecteur.

— Alors, au boulot ! reprend-il d’un ton un peu théâtral. Le devoir nous appelle. Nous avons un crime à élucider et un coupable à arrêter !

Et il les invite à passer dans son bureau.

Henry leur fait tout d’abord un bref compte-rendu des obsèques du vendredi et relate l’article de la journaliste dans le journal de samedi, dont chacun, évidemment, a pris connaissance. Puis il interpelle l’inspectrice :

— Quoi de neuf, Escherin ?

— J’ai trouvé et questionné Moneta Rodrigues. Elle est âgée de 34 ans, célibataire et s’occupe d’une agence de voyages au centre-ville. Elle n’a pas nié sa liaison avec Agnès Denver et semble sincèrement touchée par sa mort. Leur relation remonte à trois ans. Agnès ne vivait pas avec elle mais chez ses parents : pour donner le change. En fait, d’après Moneta Rodrigues, son amie assumait de plus en plus mal son homosexualité. Elle formule même l’hypothèse que c’est pour faire taire sa culpabilité que celle-ci a noué une relation avec un homme et loué récemment un appartement pour y abriter ses nouvelles amours. Apparemment, Agnès Denver craignait le jugement de ses parents. Mais peut-être avec raison : son père est un ancien militaire et sa mère une bourgeoise pur sucre ! Cette Moneta semblait l’aimer réellement, cependant. Selon elle, c’est Agnès Denver qui a rompu. Cette dernière aurait rencontré son Roméo lors d’un séjour à l’étranger, il y a quelques mois et, depuis, elle n’était plus la même. Moneta a bien essayé de l’en détourner, mais, finalement, c’est elle qui s’est fait « poser » il y a six semaines. Bien que cette rupture lui ait fait un mal de chien, elle dit n’avoir pas une seule seconde songé à se venger. Et, tenez-vous bien, commissaire, pour couronner le tout, Miss Rodriguez roule avec une Opel Swing bleue métallisée et les trois derniers chiffres de sa plaque minéralogique comportent les deux indiqués par Anny Belmont : le cinq et le trois !

— Formidable ! s’exclame le commissaire.

— Le hic, c’est son alibi ! reprend Escherin. En béton ! Elle a donné une conférence sur l’Écosse mardi soir de 20 h 30 à 22 h 30 et des dizaines de témoins peuvent en témoigner.

— Elle peut avoir payé quelqu’un pour le faire ! dit Maraud.

— Avec sa propre voiture ! Cette femme me semble plus fine que ça, rétorque Escherin.

— Mais si tel est le cas, intervient le commissaire, sa voiture doit en avoir gardé des marques ! Vous avez-vous vu le véhicule, Escherin ?

— Bien sûr ! Il n’y a aucune trace d’acci-dent !

— Elle a peut-être des amis carrossiers ? insiste Maraud.

— Alors j’aimerais bien avoir leurs adresses, ironise l’inspectrice qui patiente depuis des semaines pour la réparation de l’aile droite de sa voiture.

 

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