
| Des taureaux et des femmes | Dans tout son éclat... | Au poil près... | Sens contraires |
Des taureaux et des femmes |
| Ni une ni deux, je la tirai d’un coup brusque et telle une muleta la fis violemment claquer devant lui. |
| Extrait - Arrête ! Arrête ton cirque sinon ça va mal finir ! Je te préviens, dit-il d’une voix menaçante en me regardant d’un œil torve, si tu continues comme ça, c’est sûr que demain je suis prêt pour la corrida ! - T’es vraiment nul ! Et la concordance des temps ? - Quoi ! La concordance des temps ? - Si tu dis demain c’est donc le futur qu’il faut employer ! Pas le présent ! On doit dire : demain je SERAI prêt pour la corrida ! - Je t’en ficherai du futur, madame je sais tout ! Mais t’as raison ! Je suis déjà fin prêt ! Pas besoin d’attendre demain. C’est tout de suite qu’elle va commencer la corrida, cria-t-il en essayant de m’attraper le bras ! - Non ! C’est tout de suite qu’elle commence, abruti ! Cette fois tu dois mettre le présent ! hurlais-je en me sauvant. J’entendis un grand bruit de vaisselle cassée derrière moi et le sol trembler sous sa colère. Sans demander mon reste, je m’engouffrai dans le couloir et dévalai les escaliers. Mais la maison était vaste et de nombreux escaliers et couloirs en quadrillaient l’espace. Soudain il fut devant moi. - Olé ! lui criais-je, ironique ! esquissant la pirouette du toréador avant de remonter quatre à quatre les marches de l’escalier. Je l’entendais fulminer derrière moi, et un bref regard en arrière me fit comprendre aux lueurs assassines qui allumaient ses yeux, que j’avais à présent un véritable taureau à mes trousses. Un frisson de plaisir me parcourut l’échine et une décharge d’adrénaline me donna des ailes pour lui échapper. - Oups ! Presque parvenue en haut de l’escalier, sa paluche énorme m’enserra la cheville et je chutai ! - Aïe ! Mon menton cogna fortement sur la marche et je lâchai un juron. Folle de rage soudain, je me retournai et lui tapai sur la tête. Il relâcha son étreinte sous mes coups et j’en profitai pour bondir vers le palier. - Ah, la vache ! cria-t-il. Tu vas pas t’en tirer comme ça ! A suivre... |
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Dans tout son éclat... |
| In whisky veritas pensa Carmen en composant le 17 sur son portable... |
| Carmen se mordit la lèvre et mesura soudain le gouffre qui les séparait. Carlos ne changerait jamais : il la désirait, la voulait sienne, mais il ne l’aimait pas. Cet énième éclat au restaurant, quant à sa pseudo infidélité, avait au moins le mérite de mettre en lumière ce qu’elle ne se résignait pas à voir : elle ne l’aimait plus. Face à ce visage déformé par la jalousie et à cette explosion de colère qui avait sidéré jusqu’au serveur, tout était devenu clair, limpide. Comment avait-elle pu être aussi aveugle ! Comment pouvait-elle avoir confondu l’amour avec cette possession maladive dont elle était l’objet ? Confrontée une fois de plus à la violence injustifiable de son compagnon, son amour avait volé en éclats et elle le voyait enfin tel qu’il était : un homme stupidement jaloux. Derrière elle, Carlos referma brutalement la porte. Elle sursauta. Si un temps ses racines espagnoles avaient nourri de leur fougue cette relation aussi tempétueuse qu’impétueuse, ce n’était plus le cas. Ce soir, la passion d’antan n’était plus qu’un amas de cendres refroidies. Pareil au puits de pétrole en feu que l’on éteint avec de la dynamite, le souffle de sa haine avait tout balayé. Seules subsistaient les flammes qui zébraient son regard de jais. Sans tenir compte de ses insultes et des lueurs assassines qui allumaient ses yeux, Carmen se dirigea vers la chambre à coucher. Elle avait l’habitude. Carlos lui rejouait cette comédie à chaque sortie. Il buvait ensuite quelques whiskys pour se calmer et s’endormait devant la télé. Le lendemain il était de nouveau amoureux et s’excusait. Mais cette fois, elle en avait assez. Elle ne voulait plus participer à ce jeu stupide. La façon dont il l’avait traitée tout à l’heure au resto lui avait fait l’effet d’un électrochoc. La honte lui cuisait encore les joues. Ce butor méritait une bonne leçon. Son ami Salvatore avait raison. Elle méritait mieux que ça. Rapidement, elle jeta quelques effets dans un sac de voyage, emplit pêle-mêle sa trousse de toilette et sortit précipitamment de la chambre. Elle ne craignait pas Carlos, mais l’alcool et la jalousie étaient un cocktail qu’elle redoutait. Elle s’apprêtait à descendre l’escalier lorsqu’il surgit devant elle. - Où tu vas ? dit-il en l’attrapant par le bras. - Je me tire, figure-toi ! J’en ai plus qu’assez de ta foutue jalousie. - Tu ne sortiras pas d’ici ! gronda-t-il, soudain menaçant, en lui arrachant son sac. - Il ferait beau voir que tu m’en empêches, fulmina Carmen en tentant de reprendre son sac. Dans l’altercation, il lui souffla son haleine alcoolisée au visage et elle le repoussa avec dégoût. Vexé, il la fit valdinguer contre le mur où elle perdit l’équilibre. Recroquevillée sur le sol, Carmen prit peur. En changeant les règles, elle avait perdu le contrôle du jeu et n’avait plus aucune idée des réactions de Carlos. En face d’elle, parfaitement étranger, ce dernier n’avait effectivement plus rien de l’homme qu’elle avait cru aimer. Ivre, brutal, haineux, il la regardait tel un prédateur observe sa proie. Le cœur de Carmen se mit à battre plus vite. Des faits divers sordides lui revinrent en mémoire. - Tu voulais aller retrouver ton amant ? Avoue ! hurla-t-il. Elle déglutit avec peine et sa voix trembla : - Je te préviens, j’ai appelé Nath. Elle sera là dans dix minutes. - Tu pensais me baiser, dit-il en ricanant, mais c’est moi qui vous baiserai toutes les deux ! A cet instant, une sonnerie étouffée les interrompit et il se mit à fouiller dans le sac qu’il tenait toujours d’une main. Carmen en profita pour se relever et courut vers l’escalier. Carlos la vit et lâcha le sac. Puis tel un chat qui joue avec une souris, il se lança à sa poursuite et bondit sur elle. Carmen se baissa soudain et Carlos, emporté par l’élan, défonça la barrière de la mezzanine. Elle poussa un long cri. Deux mètres plus bas, écrasé sur la table du salon, Carlos gisait au milieu d’une mare de sang et de whisky, dans un dernier éclat… de verre. In whisky veritas pensa Carmen en composant le 17 sur son portable et en songeant à la chute renversante de leur histoire… © Catherine Gaillard-Sarron 3.06.09 |
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Au poil près... |
| Un grand escogriffe déboula soudain devant Hugo qui se trouva projeté contre le mur. |
| Extrait
Hugo ajusta la perruque sur sa tête et jeta un dernier coup d’œil au miroir. Il avait vraiment l’air ridicule. Comment pouvait-il en être arrivé là ! Il enfila sa veste et se dirigea vers la porte en regardant sa montre. Il serait juste à l’heure. A cet instant une fenêtre claqua au salon. Il hésita une seconde. Il n’allait quand même pas faciliter le travail des cambrioleurs ! Contrarié, Hugo retourna au salon et referma si brusquement la fenêtre que l’espagnolette lui resta dans la main. « Il ne manquait plus que ça », pensa-t-il agacé en posant la poignée sur la table. Au moins, la fenêtre était fermée. Il s’occuperait de ça demain. Il prit ses clés, sa sacoche, ferma la porte de son appartement et se mit à dévaler les escaliers quatre à quatre. Dehors, il pleuvait à seaux. Evidemment, il n’avait pas songé à prendre son parapluie. Il pensa à sa perruque. Décidément, ce n’était pas son jour de chance et vu l’heure, il était hors de question de remonter le chercher. Il héla un taxi, s’abritant tant bien que mal sous sa sacoche en cuir. - Vite, Au théâtre des Coquelicots ! - Vite, vite ! comme vous y allez ! dit le chauffeur avec humeur. J’ai un taxi pas un bateau ! Comment voulez-vous qu’on avance avec cette pluie diluvienne ! A l’arrière, stressé, Hugo consulta sa montre une fois de plus. Il ne pouvait se permettre d’arriver en retard. Anna avait été très claire. - Vous allez voir quel spectacle ? demanda le chauffeur. - « Une Escarpolette pour deux » ! répondit Hugo qui n’avait pas du tout envie de tailler une bavette avec ce gondolier parisien. - Et c’est avec qui ? - Je ne sais plus. Ça n’a d’ailleurs aucune importance. Vous ne pouvez pas rouler plus vite ? demanda Hugo qui s’impatientait. Le chauffeur se tut, vexé, et monta le volume de la radio. Hugo en profita pour ressasser ses pensées. Oui, c’est vrai, il allait bientôt avoir quarante-cinq ans. Il n’avait rien d’une gravure de mode et avait toujours fait plus vieux que son âge. Mais cela l’autorisait-elle à le traiter ainsi ? Et lui, pourquoi acceptait-il de se soumettre ? - Allez, terminus, vous v’la rendu, et à l’heure en plus ! dit soudain le chauffeur en stoppant son taxi devant le théâtre. Hugo le remercia en le gratifiant d’un généreux pourboire et s’engouffra dans le hall. Il repéra Claire qui attendait vers la porte d’entrée en lui faisant des signes. A son air irrité, il vit qu’elle était fâchée et il s’empressa de la rejoindre. - Hugo, mais que faisais-tu ? Voilà un quart d’heure qu’on poireaute ici avec mes parents ! J’ai cru que tu n’arriverais jamais et qu’on allait rater le début. - Excusez mon retard, dit Hugo, en saluant les parents de Claire, mais la pluie m’a retardé. Une sonnerie retentit soudain et tous les quatre gagnèrent leur place dans la salle. Assis entre Claire et sa mère qui ne cessait de l’observer de coin, Hugo se sentait mal à l’aise. Vivement que cette représentation se termine. Il n’aimait pas du tout le rôle qu’il devait jouer ce soir. De plus, le spectacle était ennuyeux à mourir, un vrai cacafouillis. L’entracte vint le délivrer et le père de Claire proposa de prendre un verre au bar. La foule était compacte et les gens se bousculaient en direction du bar comme s’ils venaient de traverser le désert, ce qui était un peu le cas, songea Hugo avec ironie, les incessants allers et retours de cette Escarpolette n’étant même pas parvenus à apporter un peu de fraîcheur à la pièce. Un grand escogriffe déboula soudain devant Hugo qui se trouva projeté contre le mur. Scandalisé, Hugo l’invectiva et le pria de s’excuser séance tenante. Mal lui en pris, le type s’approcha de lui avec un air menaçant et d’un geste de la main fit mine de lui balancer une claque. Il était grand, sa main vola au-dessus du crâne de Hugo et, dans le mouvement, emporta la moumoute qui en garnissait le sommet. Comble de la honte, l’horrible individu, qui riait maintenant à gorge déployée, la ramassa devant les airs consternés de Claire et de ses parents et, hilare, la reposa sur le crâne de Hugo, recouvrant du même coup le siège de toutes les turpitudes qu’engendraient son alopécie. A suivre... © CGS 11.3.09 |
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Sens contraires |
| Mousse de narcisses des bois !!! interrompit Luigi. Ç’est quoi cette trouvaille ? |
| Extrait
C’est fini Giorgio, tu l’as plus ! - Mais si, je te dis, c’est toujours là ! - Non, je crois bien que tu l’as perdu! - Arrête, tes salades, Luigi. Il est toujours là, mais il couve sous la braise. - La cendre, plutôt, reprit Luigi, ironique. - Ah, ça, on voit bien que tu ne sais pas ce que c’est, toi ! s’enflamma Giorgio. Créer, inventer, innover sans cesse ! Tout cela demande une énergie considérable. Contrairement à ce que tu as l’air de croire, ce que je fais n’a rien d’une sinécure : c’est un sacerdoce, un apostolat même ! Et ma mission me semble de plus en plus difficile sans le soutien de quelques apôtres éclairés et passionnés. Parce que la cuisine et surtout la cuisine inventive, c’est comme tout le reste figure-toi ! pour exister, pour enchanter les palais les plus fins, pour exalter arômes et saveurs et mener, au goût et à l’œil, l’impie vers la révélation gastronomique, elle aussi a besoin d’être reconnue, alimentée, nourrie ! - Mais qu’est-ce que tu me chantes là ! je ne comprends rien à ce que tu me dis ! - C’est bien ce que j’essaie de te dire Luigi : tu ne me comprends pas ! Je ne suis pas un simple cuisinier, je suis un artiste ! Un poète qui jongle avec les odeurs et les couleurs, qui tente de faire rimer bouquets et fumets avec succulence et excellence. Luigi, tu ne mesures pas les difficultés que j’éprouve à conserver et développer mon potentiel créateur dans un environnement pareil. - Quoi ! Qu’est-ce que tu reproches à l’environnement ? s’emporta Luigi. J’ai tout refait à neuf l’année passée ! - Mais enfin, regarde autour de toi ! reprit Giorgio excédé. Ton restaurant te ressemble. Tu dis vouloir la nouveauté mais tu mises tout sur la tradition. Quand tu m’as engagé tu m’avais dit que ma cuisine serait à l’honneur, que j’aurais carte blanche. Or je n’apprête pratiquement que des entrecôtes et des filets de perches. Je les accommode certes avec créativité et talent mais pour moi ce n’est pas de la cuisine. - Comment ce n’est pas de la cuisine ? s’insurgea Luigi. C’est pourtant ça que les gens veulent manger quand ils viennent chez moi. Les gens choisissent et demandent ce qu’il y dans la carte, répliqua sèchement Giorgio. Si tu proposais exclusivement mes créations culinaires, ils les apprécieraient aussi. Tu aurais peut-être une clientèle différente, plus raffinée mais, j’en suis persuadé, davantage de monde. - Hum, hum… - Fais-moi confiance Luigi ! reprit Giorgio avec passion. Ose le changement. Tu verras, tes clients seront traités comme des princes. Ils en redemanderont. Et ils viendront de loin pour découvrir ta table. Une table où l’onctuosité des sauces n’aura d’égal que le velouté des potages aux herbes sauvages. Où la nature et la morille seront reines. Où le lapereau farci à la violette rivalisera avec les sots l’y laissent sur mousse de narcisses des bois… - Mousse de narcisses des bois !!! interrompit Luigi. Ç’est quoi cette trouvaille ? A suivre... |
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